jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bouhajja, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10 heures dans les locaux de la police aux frontières de Lille.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision l'assignant à résidence est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision par laquelle le préfet du Nord lui a fait obligation de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10h dans les locaux de la police aux frontières est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit à l'instruction tel que consacré par l'article 2 du Protocole n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 21 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son protocole additionnel ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de M. A qui conclut aux mêmes fins que la requête ; il s'en rapporte aux moyens soulevés dans la requête et développe les éléments relatifs à sa situation personnelle ; il soulève en outre le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur en ce qu'il est indiqué, dans les informations délivrées concernant la représentation consulaire dont il pourra prendre l'attache, les coordonnées du consulat d'Algérie à Lille alors qu'il est de nationalité marocaine ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête de M. A au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 28 mai 1996, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord en date du 13 novembre 2023 lui faisant notamment obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Par un arrêté en date du 16 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A s'étant vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 21 mai 2024, ses conclusions tendant à se voir admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté en date du 5 mars 2024, publié le même jour au recueil spécial n° 2024-097 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'immigration irrégulière, à l'effet notamment de signer les décisions d'assignation à résidence prises en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
5. En l'espèce, la décision attaquée comporte, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. La circonstance que l'autorité préfectorale n'ait pas mentionné, dans l'arrêté en litige, que M. A avait formé un recours contre l'arrêté du 13 novembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français devant le tribunal administratif de Lille puis, à la suite du rejet de son recours par cette juridiction, devant la cour administrative de Douai, n'est pas de nature à entacher l'arrêté en litige d'une insuffisance de motivation, dès lors que le requérant a été mis en mesure de comprendre et de discuter les motifs de la décision d'assignation à résidence qu'il conteste. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 732-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre de l'intérieur, rappelle les droits et obligations des étrangers assignés à résidence pour la préparation de leur départ. Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il rappelle les obligations résultant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues par l'étranger en cas de manquement aux obligations de cette dernière. / Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'information délivrée à l'étranger assigné à résidence qui doit mentionner les coordonnées de son consulat s'effectue à l'occasion de la notification de la décision d'assignation à résidence ou au plus tard lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Elle constitue donc une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence, dont les éventuelles irrégularités sont sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale ait, à tort, mentionné au requérant les coordonnées du consulat d'Algérie au lieu de celles du consulat du Maroc, ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort ni de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Nord ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. A. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier ainsi que des déclarations de M. A à l'audience que si ce dernier avait obtenu d'effectuer un stage à compter du mois de février 2024 au sein de l'Université Savoie Mont-Blanc, il n'a pas pu concrétiser cette opportunité et il poursuit ses études à l'Université de Lille, en seconde année de Master d'économétrie appliquée. Si M. A se prévaut de ce qu'il se rend tous les jours dans les locaux de l'Université de Lille pour travailler sur son mémoire et s'il justifie, par la production de l'attestation de son directeur de mémoire, bénéficier d'un suivi régulier de la part de ce dernier au moyen notamment de rencontres hebdomadaires, le requérant ne produit aucun élément de nature à démontrer que sa présence à l'Université serait requise et indispensable aux jours et heures auxquels il est tenu de se présenter dans les locaux de la police aux frontières de Lille. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le préfet du Nord, en obligeant M. A à se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10h dans les locaux de la police aux frontières de Lille, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et aurait méconnu son droit à l'instruction tel que garanti par l'article n° 2 du Protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 16 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter chaque lundi, mercredi et vendredi à 10 heures dans les locaux de la police aux frontières de Lille.
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. BONHOMMELa greffière,
signé
N. BELHARRET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026