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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404023

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404023

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2024, M. A C B D demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation, de l'autoriser à présenter une demande d'admission exceptionnelle au séjour et de lui délivrer, le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale, par exception d'illégalité de la mesure d'éloignement adoptée à son encontre le 20 juillet 2023 ; la décision précitée portant obligation de quitter le territoire français ne lui a jamais été notifiée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Caustier en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caustier, magistrat désigné, qui informe les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. B le 20 juillet 2023, celle-ci étant devenue définitive ;

- les observations de Me Lefebvre, représentant M. B D, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle observe que la mesure d'éloignement adoptée le 20 juillet 2023 à l'encontre du requérant lui a été régulièrement notifiée ; elle ajoute néanmoins que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit de M. B D au respect de sa vie privée et familiale ;

- les observations de Me Kerriche, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et qui fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- M. B D étant absent.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant gabonais né le 6 octobre 1992 à Oyem (Gabon) et déclarant être entré sur le territoire français le 23 juillet 2018 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 23 juillet 2018 au 23 juillet 2019, a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la même mention, valable du 1er septembre 2019 au 31 août 2020. Il a sollicité, le 7 juillet 2020, le renouvellement de son titre de séjour et, par un arrêté du 16 février 2022, le sous-préfet du Havre a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. M. B D a demandé, le 12 juin 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " et, par un arrêté du 20 juillet 2023, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a interdit de retour en France durant un an.

2. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet du Nord l'a assigné pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. B D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président / () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre provisoirement M. B D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

6. En premier lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Une exception d'illégalité soulevée à l'encontre d'une décision individuelle n'est recevable que tant que cette décision ne présente pas de caractère définitif. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.

7. M. B D excipe, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision en litige, de l'illégalité de la mesure d'éloignement adoptée à son encontre le 20 juillet 2023. Il soutient que cette mesure d'éloignement ne lui a jamais été notifiée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet du Nord a obligé M. B D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a interdit l'intéressé de retour en France durant un an, envoyé en recommandé avec demande d'accusé de réception, a été présenté le 21 juillet 2023 au domicile du requérant et que ce pli recommandé a été retourné au service expéditeur avec la mention " pli avisé non réclamé ". Dans ces circonstances, cette décision, qui doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à M. B D le 21 février 2023, est devenue définitive, faute d'avoir été contestée dans le délai de recours contentieux. Par suite, l'exception d'illégalité soulevée par M. B D à l'encontre de l'arrêté en litige portant assignation à résidence du 16 avril 2024 n'est pas recevable. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

8. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige portant assignation à résidence durant quarante-cinq jours, renouvelable une fois, impose à M. B D de demeurer dans l'arrondissement de Lille et de se présenter, chaque lundi, mercredi et vendredi, sauf jours fériés, à 10 heures dans les locaux du commissariat de police de Tourcoing et ce, dans l'attente de son éloignement, dont il n'est pas contesté qu'il demeure une perspective raisonnable. Le requérant, qui réside dans la commune de Tourcoing, n'établit pas l'impossibilité d'honorer ces modalités de contrôle au regard de ses contraintes personnelles. S'il fait valoir qu'il est inséré, socialement et professionnellement, sur le territoire français et qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail, il est constant que la décision en litige ne porte ni refus de séjour ni obligation de quitter le territoire français, qui constituent des décisions distinctes. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'injonction, n'implique aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B D et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. CAUSTIERLa greffière,

signé

L. CAMAU

La République mande et ordonne au Préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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