mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404288 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I/ Par une requête, enregistrée le 25 avril 2024 sous le numéro 2404288, M. D A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 8 avril 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le Bangladesh comme pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, ou une somme de 1 800 euros toutes taxes comprises à verser à lui-même si sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle venait à être rejetée, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit, sa demande d'asile n'ayant pas été définitivement rejetée ;
- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 542-4 que celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle est fondée sur une décision de refus d'un titre de séjour qui est elle-même irrégulière ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle méconnaît tant les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
II / Par une requête, enregistré le 25 avril 2024 sous le numéro 2404290, Mme C B, représentée par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 8 avril 2024 par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, lui a octroyé un délai de départ volontaire de 30 jour, a fixé le Bangladesh comme pays de destination et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, ou une somme de 1 800 euros toutes taxes comprises à verser à elle-même si sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle venait à être rejetée, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit, sa demande d'asile n'ayant pas été définitivement rejetée ;
- elle méconnaît tant les dispositions de l'article L. 542-4 que celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle a méconnu son droit d'être entendu ;
- elle est fondée sur une décision de refus d'un titre de séjour qui est elle-même irrégulière ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- et elle méconnaît tant les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est fondée sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français qui est elle-même irrégulière ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit ;
- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, le préfet du Pas-de-Calais a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 21 mai 2024 par lesquelles M. A et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- les observations de Me Hacker, pour le préfet du Pas-de-Calais qui a conclu au rejet des requêtes en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- M. A et Mme B n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B, ressortissants bangladais nés respectivement le 1er mai 1975 et le 1er janvier 1990, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 12 octobre 2022. Le 24 janvier 2023, ils ont sollicité auprès des services de la préfecture du Pas-de-Calais la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Leurs demandes ont toutefois été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 6 juillet 2023 et ces décisions ont été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 22 février 2024. Par suite, M. A et Mme B ont fait l'objet, le 8 avril 2024, de refus de titres de séjour assortis d'obligations de quitter, dans un délai de 30 jours, le territoire français à destination du Bangladesh ainsi que d'interdictions de retour sur le territoire français pour des durées d'un an. Par les présentes requêtes, M. A et Mme B demandent au Tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2404288 et n° 2404290 visées ci-dessus concernent la situation d'un couple d'étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, par suite, lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'admissions, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :
3. M. A et Mme B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 21 mai 2024, leurs conclusions à fin d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues, en cours d'instance, sans objet. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur ces conclusions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par l'arrêté n° 2023-10-75 du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation au directeur des migrations et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. F E, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers et signataire de l'arrêté en litige, aux fins de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions, en mentionnant les décisions de la Cour nationale du droit d'asile ayant définitivement rejeté les demandes des requérants et en faisant application des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme se bornent à le soutenir les requérants, le préfet du Pas-de-Calais ne se serait pas livré à un examen sérieux de leurs situations.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé Telemofpra relatif aux demandes d'asile des requérants, que celles-ci ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 22 février 2024, ce dont M. A et Mme B ont été dûment informés le 4 mars 2024. Il suit de là que les moyens tirés de ce que le préfet du Pas-de-Calais aurait commis une erreur de droit en refusant de les admettre au séjour alors que leurs demandes d'asile n'auraient pas été définitivement rejetées ou aurait méconnu les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.
8. En dernier lieu, les décisions attaquées se bornent, contrairement aux affirmations des requérants, à refuser à M. A et Mme B la délivrance de titres de séjour en qualité de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire. Ainsi, M. A et Mme B ne sauraient utilement soutenir ni que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que ces refus de séjour, qui tiennent compte du seul besoin de protection internationale des intéressés conformément aux décisions rendues par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ou celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A et Mme B, à fin d'annulation des refus de titre de séjour adoptés à leur encontre, ne peuvent pas être accueillies.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les obligations de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.
11. Il suit de là que M. A et Mme B, qui ont sollicité leur admission au séjour en qualité de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire et qui ne pouvaient ignorer, qu'en cas de refus, ils pourraient faire l'objet de mesures d'éloignements, ne sont pas fondés à soutenir, alors notamment qu'ils ont été reçus au guichet unique pour demandeurs d'asile, en préfecture du Pas-de-Calais, le 21 octobre 2022, que leurs droits d'être entendus auraient été méconnus. Au surplus, M. A et Mme B ne se prévalent à l'audience, à laquelle ils étaient absents, ou dans leurs recours, d'aucun élément qu'ils auraient pu faire valoir et qui auraient été de nature à modifier le sens des décisions attaquées. Ces moyens doivent donc être écartés.
12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions refusant d'admettre M. A et Mme B au séjour, doivent être écartés.
13. En dernier lieu, L'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
14. En l'espèce, M. A et Mme B sont entrés en France le 12 octobre 2022, alors qu'ils étaient respectivement âgés de 47 et 32 ans. Ils ne résidaient donc en France que depuis un an et demi à la date d'adoption des décisions querellées. S'ils ont deux enfants, nés en octobre 2010 et août 2012, lesquels seraient scolarisés en France, la cellule familiale des requérants pourra se reconstituer au Bangladesh, où leurs enfants pourront poursuivre leurs scolarités. En outre, M. A et Mme B, lesquels ne disposent d'aucune autre attache familiale que leurs enfants en France, n'établissent pas ne plus avoir de telles attaches au Bangladesh où ils ont passé l'essentiel de leurs vies. Enfin, M. A et Mme B, qui ne travaillent pas, n'établissent pas, ainsi qu'ils l'allèguent, avoir tissé des liens sociaux et amicaux intenses en France et ne se prévalent d'aucun autre élément de nature à établir qu'ils disposeraient désormais, sur le territoire français, du centre de leurs intérêts privés. M. A et Mme B ne sont donc fondés à soutenir ni que le préfet du Pas-de-Calais aurait, en les obligeant à quitter le territoire français, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur leurs situations personnelles.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A et Mme B, à fin d'annulation des obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre, ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions, en mentionnant la nationalité des requérants et en faisant application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peut être accueilli.
17. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme se bornent à le soutenir les requérants, le préfet du Pas-de-Calais ne se serait pas livré à un examen sérieux de leurs situations.
18. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
20. En l'espèce, les demandes d'asile de M. A et Mme B ont été rejetées par l'OFPRA puis la CNDA. En outre, les requérants ne se prévalent, dans leurs recours ou à l'audience, d'aucun élément de nature à établir qu'ils pourraient être soumis, en cas de retour au Bangladesh, à des traitements inhumains ou dégradants. Il suit de là que M. A et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions querellées méconnaîtraient les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
21. Il résulte donc de ce qui précède que M. A et Mme B ne sont pas fondés à solliciter l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a fixé le Bangladesh comme pays de destination.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :
22. En premier lieu, le préfet du Pas-de-Calais énonce avec suffisamment de précisions les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde ses décisions, en tenant compte de la durée de séjour des intéressés, de la nature et de l'ancienneté de leurs liens avec la France, de l'absence de mesure d'éloignement précédente ou de menaces à l'ordre public que constitueraient leurs présences sur le sol français et en faisant application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions attaquées ne peuvent être accueillis.
23. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme se bornent à le soutenir les requérants, le préfet du Pas-de-Calais ne se serait pas livré à un examen sérieux de leurs situations.
24. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement, les moyens tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
25. En quatrième lieu, si M. A et Mme B soutiennent que les décisions attaquées seraient empreintes d'erreurs de droit, ces moyens, qui ne s'appuient sur aucun élément de droit ou de fait, sont dépourvus des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent donc être écartés.
26. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 14 du présent jugement, M. A et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en interdisant leurs retours sur le territoire français pour des durées d'un an, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ou commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A et Mme B, à fin d'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Pas-de-Calais a interdit leurs retours sur le territoire français pour des durées d'un an, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
28. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de M. A et Mme B ne peuvent être accueillies.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, des sommes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes de M. A et Mme B aux fins d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A et Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C B, à Me Clément et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
X. LARUE
La greffière,
signé
F. JANET
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2404288, 2404290
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026