lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404361 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Lescene, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 27 octobre 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de la convoquer en vue de lui délivrer un récépissé de sa demande l'autorisant à travailler, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 13 mai 2024 à 10h45, en présence de Mme Debuissy, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :
- Me Lescene, représentant Mme A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et ajoute que la première demande de pièces pour compléter le dossier est intervenue plus de sept mois après le dépôt du dossier ;
- et Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l'urgence n'est pas caractérisée et que l'intéressée n'a pas été diligente pour compléter son dossier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante afghane née le 27 septembre 1993, déclare être entrée en France le 10 juin 2023. Elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 27 octobre 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande, déposée le 27 juin 2023, tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire ".
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme A rappelle que son époux a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Cependant, cette circonstance ne peut suffire pour caractériser une situation d'urgence au sens des principes rappelés au point précédent. Il en va de même, d'une part, de la circonstance que l'intéressée pourrait prétendre à la délivrance de plein droit du titre de séjour sollicité, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, et d'autre part, du risque pour l'intéressée de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, eu égard à l'existence d'une procédure de recours à caractère suspensif organisée par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre une telle mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre. Mme A, toujours au titre de l'urgence, fait valoir qu'elle ne peut bénéficier, en raison de sa situation administrative, ni des droits attachés à sa qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire, ni des droits sociaux. Cependant, cette situation n'est pas distincte de celles d'autres étrangers sans document de séjour et ne suffit pas, en l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressée, à caractériser la nécessité pour elle de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'attente de l'intervention du juge au principal. Enfin, si la requérante soutient également que, en raison de la décision en litige, elle ne peut occuper un emploi, elle n'établit ni même n'allègue que cette décision compromettrait gravement ses chances de concrétiser, à brève échéance, une perspective de recrutement. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 29 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé,
J. ROBBE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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