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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404419

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404419

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLAPORTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, sous le n° 2404419, M. A D, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laporte, avocate de M. D, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

II. Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, sous le n° 2404423, M. A D, représenté par Me Laporte, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Laporte, avocate de M. D, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il relève des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen " sérieux et particulier " de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet du Nord s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lançon en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lançon, magistrate désignée ;

- les observations de Me, Kerrich, représentant le préfet du Nord.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 15 août 1986, est entré en France en 2018, muni d'un passeport algérien revêtu d'un visa de type C " Etats Schengen ", valable du 30 juillet 2018 au 29 octobre 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 janvier 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile qui a rejeté le recours de l'intéressé par une décision du 16 mai 2019. Sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 17 juillet 2019, de même que son recours devant la CNDA le 18 octobre 2019. M. D a fait l'objet d'un arrêté du 24 février 2020 et d'un arrêté du 28 février 2021 par lesquels le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, mesures d'éloignement auxquelles l'intéressé s'est soustrait. M. D s'est vu notifier un arrêté du 25 avril 2024 du préfet du Nord l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, et interdisant son retour sur le territoire français avant l'expiration d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 25 avril 2024, le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours en vue de l'exécution de la mesure d'éloignement précitée. Par les requêtes n° 2404423 et n° 2404419, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés précités du 25 avril 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. En particulier, le préfet du Nord mentionne vise, notamment, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application et mentionne les éléments relatifs aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé et à sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

6. Si M. D établit disposer, au seul mois de janvier 2024, d'une adresse commune avec Mme C B, ressortissante française, il n'établit pas vivre en concubinage avec elle depuis 2021 comme il l'allègue. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier des courriers de notification à Mme B de décisions d'attribution d'allocation aux adultes handicapés et de refus de prestation de compensation du handicap, que celle-ci présente un taux d'incapacité compris entre 50% et 80% et conserve son autonomie pour les actes élémentaires de la vie quotidienne. Ces pièces, de même que la carte de mobilité inclusion et la convocation de Mme B à la consultation d'un médecin du centre médico-psychologique Franco Basaglia, ne permettent pas de démontrer l'aide que le requérant allègue apporter à cette dernière dans les actes de la vie quotidienne ni l'intensité de leur relation. En outre, M. D ne justifie d'aucune relation personnelle sur le territoire français alors qu'il a indiqué, lors de son audition par les services de police du 24 avril 2024, que les membres de sa famille demeuraient dans son pays d'origine à l'exception d'oncles qui résideraient en France mais sans apporter aucune pièce sur ce point. Dans ces conditions, M. D ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France justifiant qu'il se voie délivrer un certificat de résidence sur le fondement du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien cité au point 5. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de ces stipulations doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la vie personnelle du requérant doit être écarté.

10. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. Le caractère " sérieux ", c'est-à-dire en réalité fondé, de l'examen auquel s'est livrée l'administration, relève quant à lui de la qualification juridique des faits.

11. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

13. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige, par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

15. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. En particulier, et contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Nord mentionne les éléments relatifs à sa vie personnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige, par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la vie personnelle du requérant doit être écarté.

19. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ () ".

22. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

23. Il ressort des termes mêmes de la décision en litige, qui mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'ensemble des critères énoncés par ces dispositions a été pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige, par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

25. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire sans charge de famille, est entré régulièrement en France en 2018. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que sa présence sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public, ainsi que l'a relevé le préfet du Nord. Cependant, le requérant ne justifie pas de relations personnelles d'une particulière ancienneté, intensité et stabilité, ainsi qu'il a été dit au point 6. En outre, il a fait l'objet de deux décisions portant obligation de quitter le territoire français précédentes, datées des 24 février 2020 et 28 février 2021. Dans ces conditions, en interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet du Nord n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Par suite, les moyens afférents doivent être écartés.

26. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord se serait cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français avant l'expiration d'une durée de deux ans. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

28. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

29. En l'espèce, la décision en litige, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce, contrairement à ce qui est soutenu, les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

30. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 10 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision en litige, par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

31. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et en particulier de son dispositif, que le préfet du Nord a imposé à M. D de faire constater sa présence en se présentant les lundi, mercredi et vendredi à 10h00, dans les locaux des services de la police aux frontières de Lille pendant une durée de quarante-cinq jours. Si M. D soutient vivre en concubinage avec une ressortissante française, en situation d'invalidité à 80%, qu'il aide dans tous les gestes de la vie quotidienne, il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des courriers de notification à Mme B de décisions d'attribution d'allocation aux adultes handicapés et de refus de prestation de compensation du handicap, que celle-ci présente un taux d'incapacité compris entre 50% et 80% et conserve son autonomie pour les actes élémentaires de la vie quotidienne. M. D n'établit ainsi pas, par les pièces qu'il verse aux dossiers, être dans l'impossibilité de respecter les obligations de présentation aux services de police ni ne démontre que leur exécution serait incompatible avec sa situation personnelle. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

32. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

33. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2404419 et n° 2404423 de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Laporte et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

La magistrate désignée

Signé,

L-J. LANÇON

La greffière,

Signé,

G. GREGOIRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2404419, 2404423

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