jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2404561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 avril 2024, M. B A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; ou en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle totale, de mettre à sa charge de l'Etat le versement entre ses mains de la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 juin 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bonhomme en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonhomme, magistrate désignée ;
- les observations de Me Clément, avocat de M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; il développe le moyen tiré de l'insuffisance de motivation au regard de la citation erronée faite par le préfet du Nord des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'arrêté attaqué ;
- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête de M. A au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 7 octobre 1990, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Nord en date du 6 juillet 2021 lui faisant notamment obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté en date du 28 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A s'étant vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 juin 2024, ses conclusions tendant à se voir admettre provisoirement au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté en date du 5 février 2024, publié le même jour au recueil spécial n° 2024-064 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. Jean-Gabriel Delacroy, secrétaire général pour les affaires régionales des Hauts-de-France, à l'effet de signer notamment, dans le cadre de la permanence préfectorale qu'il est amené à effectuer, les décisions d'assignation à résidence prises sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet du Nord a décidé d'assigner M. A à résidence comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. La circonstance que l'autorité préfectorale ait cité, par erreur, les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version antérieure à celle applicable au litige, telles qu'elles résultent de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 entrée en vigueur le 28 janvier 2024, n'est pas de nature, en l'espèce, à entacher la décision attaquée d'une insuffisance de motivation, le requérant étant en mesure de comprendre et de discuter les fondements de la décision qu'il conteste. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.
5. En troisième lieu, si M. A soutient, dans sa requête, que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, il n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est assigné à résidence au domicile de son père, chez lequel il réside. Il est célibataire et sans enfant. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance particulière de nature à démontrer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au respect de son droit à mener une vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En dernier lieu, compte tenu de la situation personnelle de M. A telle qu'énoncée au point précédent, le moyen tiré de ce que la décision assignant l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 28 avril 2024 par lequel le préfet du Nord l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions qu'il a présentées aux fins d'injonction ainsi que celles relatives au frais de l'instance
DÉCIDE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Norbert Clément et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. BONHOMMELa greffière,
signé
N. BELHARRET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026