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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404749

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404749

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404749
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, Mme A C, représentée par Me Dewaele, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjointe de français, ou refusé d'enregistrer cette demande ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande et de prendre une décision expresse sur celle-ci, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente et dans le délai de 7 jours, un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois, et de lui délivrer, dans cette attente, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante gabonaise née le 25 mai 1995, est entrée le 3 septembre 2022 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 15 août 2022 au 28 novembre 2022. Le 22 juillet 2023, elle s'est mariée à M. B, ressortissant français. Par une demande déposée le 11 janvier 2024 sur la plateforme de l'Administration Numérique pour les Etrangers en France (ANEF), Mme C a alors sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité conjointe de français. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a clôturé cette demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme C soutient, en premier lieu, que celle-ci a pour conséquence de la placer en situation irrégulière sur le territoire français, l'exposant dès lors au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Toutefois, cette situation n'est pas distincte de celles d'autres étrangers sans document de séjour et ne suffit pas, par elle-même, à caractériser la nécessité pour elle de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure de suspension dans l'atteinte de l'intervention du juge au principal, de telles circonstances ne pouvant se déduire, contrairement à ce que soutient la requérante, de l'illégalité de la décision en litige et en particulier du caractère erroné des motifs de celle-ci, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. En deuxième lieu, la condition d'urgence s'appréciant au regard des effets de la décision attaquée, et non, ainsi qu'il vient d'être indiqué, au regard des illégalités dont cette décision serait entachée, Mme C ne peut, non plus, soutenir que cette condition serait satisfaite " du fait seul de l'incurie de l'administration " et par la circonstance qu'elle remplirait les conditions pour obtenir le titre de séjour sollicité. La condition d'urgence ne peut ainsi être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 26 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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