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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2404926

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2404926

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2404926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEFEBVRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a annulé le refus de regroupement familial opposé à un ressortissant tunisien par le préfet du Nord. Le juge a estimé que le refus, fondé sur un nombre de chambres insuffisant dans le logement, constituait une erreur d'appréciation, cette condition n'étant pas prévue par la réglementation applicable (articles L. 434-7 et R. 434-5 du CESEDA). Le tribunal a enjoint au préfet d'accorder le bénéfice du regroupement familial au requérant dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, M. D... C..., représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 18 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse, Mme A... B..., et de son fils, M. E... C... ;

2°) d’enjoindre au préfet du Nord de lui accorder le bénéfice du regroupement familial, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions du 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n’a pas présenté de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Barre a été entendu au cours de l'audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. D... C..., ressortissant tunisien né le 1er novembre 1971, est entré en France le 7 juin 2019. Le 15 juin 2022, il a sollicité le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse, Mme A... B..., et de son fils, M. E... C.... Il demande au tribunal d’annuler la du 18 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; (…) ». Aux termes de l’article R. 434-5 de ce code : « Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / (…) / b) en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes ; / (…) / 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. / Les zones A bis, A, B1, B2 et C mentionnées au présent article sont celles définies pour l'application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation ».

Pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C..., le préfet du Nord a considéré que si la superficie de son logement est conforme aux prescriptions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, celui-ci ne comporte pas un nombre de chambres suffisant au vu de la composition familiale.

Il ressort des pièces du dossier que M. C... dispose d’un logement d’une superficie de 45 m2, supérieure à celle requise en application des dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui est de 34 m² pour un foyer de trois personnes situé en zone B. Si le préfet du Nord a opposé au requérant la circonstance que son logement ne comporte pas un nombre de chambres suffisant au vu de la composition familiale, ni les dispositions précitées ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne prévoit une telle condition, alors, en tout état de cause, que M. C... soutient, sans être contredit, que son logement dispose de deux chambres. Dans ces conditions, M. C... est fondé à soutenir que la décision par laquelle le préfet du Nord lui a refusé le bénéfice du regroupement familial est entaché d’une erreur d'appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. C... le bénéfice du regroupement familial doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Aux termes de l’article R. 434-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'âge du conjoint et des enfants pouvant bénéficier du regroupement familial est apprécié à la date du dépôt de la demande. ».

Eu égard au motif qui la fonde, l’annulation de la décision par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. C... le bénéfice du regroupement familial implique nécessairement que soit enjoint au préfet du Nord de prendre une décision accordant à M. C... le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse, Mme A... B..., et de son fils, M. E... C..., alors même que celui-ci est désormais majeur, dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 18 mars 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé à M. C... le bénéfice du regroupement familial est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de prendre une décision accordant à M. C... le bénéfice du regroupement familial, en faveur de son épouse, Mme A... B..., et de son fils, M. E... C..., dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. C... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet du Nord.

Copie sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

- Mme Hamon, présidente,
- Mme Bergerat, première conseillère,
- Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.

La rapporteure,

Signé


C. BarreLa présidente,

Signé


P. Hamon
La greffière,

Signé


S. Ranwez
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,


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