Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405021
mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. C A, représenté par Me Dore, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial formulée au profit de son épouse, le 11 juillet 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que son épouse, de nationalité afghane et qui travaille dans un hôpital de Kaboul, réside dans une des provinces d'Afghanistan en proie à une situation de violences, qu'ils vivent séparés et qu'il a mené avec diligence la procédure de regroupement familial ;
- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet du Nord n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation préalablement à l'édiction de la décision en litige ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions des articles L. 434-2, L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'un logement adapté de 41 m² ainsi que de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, il ne peut retourner dans son pays d'origine qu'est l'Afghanistan, que son épouse est dans une situation de danger dans ce même pays et qu'il est lui-même particulièrement bien intégré en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la circonstance qu'il remplit les conditions pour bénéficier de l'autorisation sollicitée, que le refus porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale et qu'il est urgent de permettre à son épouse de quitter l'Afghanistan.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 16 mai 2024 sous le numéro 2405017 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer
sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue le 30 mai 2024 à 15h15, M. Chevaldonnet a :
- lu son rapport ;
- entendu les observations de Me Dore, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- et constaté l'absence du préfet du Nord ou de son représentant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial formulée au profit de son épouse, le 11 juillet 2023.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, M. A fait valoir que la décision contestée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et à celle de son épouse en tant qu'elle les maintient séparés, alors qu'il satisfait aux conditions du regroupement familial. Il résulte de l'instruction que le requérant, qui réside en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 juillet 2024 qui lui a été délivrée en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, a épousé une compatriote Mme B, le 10 mai 2023, à Mashad (Iran). Eu égard au caractère très récent de ce mariage dont aucun enfant n'est né et alors que M. A ne justifie pas d'une communauté de vie antérieure à cette union, ni entretenir de liens avec son épouse depuis lors, la décision en litige, qui rejette implicitement une première demande de regroupement familial, n'emporte, par elle-même, aucune modification de sa situation administrative ou familiale ou de celle de son épouse. Elle n'affecte ainsi pas de manière suffisamment grave et immédiate sa situation personnelle pour caractériser une situation d'urgence. L'intéressé soutient également que la décision en litige préjudicie de manière grave et immédiate à la situation de son épouse. Toutefois, la seule production des diplômes de celle-ci ne saurait établir qu'elle serait employée au sein d'un hôpital kaboulien et qu'elle serait exposée à des risques à ce titre. Il en est de même en ce qui concerne son lieu de résidence en l'absence de toute pièce permettant d'établir sa localisation. Par suite et en l'état du dossier, la condition tenant à l'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux quant la légalité de la décision du préfet du Nord portant rejet implicite de la demande de regroupement familial du requérant, que les conclusions de M. A tendant à la suspension de l'exécution de celle-ci doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 11 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé,
B. CHEVALDONNET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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