lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405028 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELAS NAUSICA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024, M. D C et Mme B E, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 29 février 2024 par laquelle l'inspecteur d'académie, directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale, les a mis en demeure d'inscrire leur enfant A C dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé dans un délai de quinze jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à verser à leur avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent :
Sur l'urgence, que
- la décision contestée provoque un lourd bouleversement administratif et financier pour leurs intérêts en ce qu'elle nécessite une demande de prise de décision d'affectation par la mairie, de procéder à son inscription et, concernant un établissement privé, la signature d'un contrat et le versement de frais ;
- elle brise le rythme d'instruction de l'enfant qui suit une instruction obéissant à une pédagogie adaptée ;
- l'inscription en cours d'année scolaire n'est pas de nature à permettre une bonne intégration de l'enfant et engendrera un bouleversement ;
Sur le doute sérieux, que :
- la décision contestée est illégale en raison de l'illégalité du contrôle effectué le 4 décembre 2023 qui ne prend pas en compte la progression de l'enfant, le compare aux aptitudes d'un enfant de sa classe d'âge, n'est pas adapté au rythme d'apprentissage de l'enfant et ne prend pas en compte le programme éducatif suivi par les parents conformément à leur liberté pédagogique ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité du contrôle effectué le 6 février 2024 qui ne mentionne pas la progression de l'enfant depuis le dernier contrôle et ne permet pas de mettre en évidence l'hétérogénéité de ses compétences.
Vu :
- la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. F, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme E sont les parents du jeune A C, né le 26 octobre 2018, qui bénéficie d'une autorisation pour recevoir l'instruction dans la famille. A la suite de deux contrôles réalisés à domicile les 4 décembre 2023 et 6 février 2024, l'inspecteur d'académie, directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale a mis en demeure les intéressés, par décision du 29 février 2024 d'inscrire le jeune A dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé sous quinze jours. M. C et Mme E demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Aux termes de l'article L. 131-10 du code de l'éducation : " L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation doit au moins une fois par an () faire vérifier () que l'enseignement assuré est conforme au droit de l'enfant à l'instruction tel que défini à l'article L. 131-1-1. () / Les résultats du contrôle sont notifiés aux personnes responsables de l'enfant. Lorsque ces résultats sont jugés insuffisants, les personnes responsables de l'enfant sont informées du délai au terme duquel un second contrôle est prévu et des insuffisances de l'enseignement dispensé auxquelles il convient de remédier. () / Si les résultats du second contrôle sont jugés insuffisants, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation met en demeure les personnes responsables de l'enfant de l'inscrire, dans les quinze jours suivant la notification de cette mise en demeure, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé et de faire aussitôt connaître au maire, qui en informe l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, l'école ou l'établissement qu'elles auront choisi. () / Lorsque les personnes responsables de l'enfant ont refusé, sans motif légitime, de soumettre leur enfant au contrôle annuel prévu au troisième alinéa du présent article, elles sont informées qu'en cas de second refus, sans motif légitime, l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation est en droit de les mettre en demeure d'inscrire leur enfant dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé dans les conditions et selon les modalités prévues au septième alinéa. () ".
3. D'une part, M. C et Mme E soutiennent que la décision contestée est illégale par voie d'exception, dès lors que les contrôles sur lesquels elle se fonde sont eux-mêmes irréguliers. Toutefois, cette décision n'a pas été prise pour l'application des rapports rédigés à la suite de ces contrôles, lesquels sont dépourvus de caractère décisoire, et ces rapports n'en constituent pas sa base légale. Dès lors, en l'état de l'instruction, ce moyen n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée. D'autre part, si M. C et Mme E soutiennent que leur enfant a progressé depuis le contrôle du 4 décembre 2023, il résulte de l'instruction que le contrôle effectué le 6 février 2024 établit suffisamment que le jeune A démontre des compétences qui restent fragiles. Par suite, en l'état de l'instruction, il est manifeste qu'aucun des moyens invoqués par M. C et Mme E n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie, que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais de l'instance, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et Mme B E.
Une copie sera envoyée pour information à la rectrice de l'académie de Lille.
Fait à Lille, le 9 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
Y. F
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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