jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405091 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 2405091, M. E B, représenté par Me Thieffry, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " et de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement et à l'examen de sa demande, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
II°) Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024 sous le n° 2405095, Mme C A, représentée par Me Thieffry, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " et de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'enregistrement et à l'examen de sa demande, dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- la copie des requêtes à fin d'annulation des décisions attaquées ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2405091 et 2405095, concernant deux époux, présentent à juger des mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. M. B et son épouse, Mme A, ressortissants chinois nés respectivement le 20 janvier 1990 et le 11 juin 1992, sont entrés en France le 14 août 2023 sous couvert de visas comportant la mention, s'agissant de M. B " F talent- création d'entreprise " et pour Mme A " passeport talent (famille) ", valables jusqu'au 7 novembre 2023. Ils ont tenté en vain de déposer une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent ", via la plateforme Administration Numérique pour les Étrangers en France (ANEF). Par les présentes requêtes, M. B et Mme A demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution des décisions implicites du préfet du Nord refusant d'enregistrer leur demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " et de leur délivrer un récépissé de cette demande les autorisant à travailler.
4. Pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative précitées, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon eux, à suspendre l'exécution des décisions en litige, les requérants soutiennent que M. B a dû suspendre ses fonctions de président d'une société commerciale, au titre desquelles il percevait une rémunération mensuelle d'environ 2 300 euros, et que Mme A est elle-même dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a commencé l'exercice de ces fonctions en juillet 2023, sans disposer d'un visa de long séjour supérieur à trois mois l'y autorisant ou d'un titre de séjour, se plaçant ainsi lui-même dans la situation d'urgence alléguée. En outre, les requérants n'apportent aucun élément circonstancié sur l'état de leurs ressources et charges qui serait de nature à caractériser une situation de particulière précarité, qui ne saurait se déduire de la seule circonstance qu'ils ne disposent pas d'un titre de séjour. Si les requérants soutiennent par ailleurs que l'exécution des décisions attaquées leur interdit de se rendre dans leur pays d'origine pour y rendre visite à leurs enfants mineurs qu'ils sont empêchés de faire venir en France, nés respectivement le 27 décembre 2014 et le 12 octobre 2016, ils n'établissent pas davantage la nécessité d'effectuer un tel séjour en Chine à bref délai, leurs enfants mineurs pouvant en tout état de cause leur rendre visite en France. Enfin, la précarité de leur situation administrative ne constitue pas, par elle-même, une situation d'urgence particulière. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter les requêtes de M. B et Mme A, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2405091 et 2405095 de M. B et Mme A sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B et à Mme C A.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 26 septembre 2024.
Le juge des référés,
Signé,
Y. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2405091, 2405095
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