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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405320

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405320

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405320
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 mai 2024 à 14h45, en présence de Mme Blanc, greffière, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu :

- Me Vergnole, représentant Mme A, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et ajoute que ses prestations sociales ont été suspendues en raison de sa situation administrative et ne pourront pas être rétablies par la seule délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande d'une durée inférieure à six mois, le bénéfice de ces prestations étant subordonné à la délivrance d'un récépissé d'une durée de six mois, en application des dispositions combinées des articles D. 512-1 du code de la sécurité sociale et R. 431-15-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et Me Morel, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que l'urgence n'est plus caractérisée, l'intéressée ayant été munie en cours d'instance d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 26 novembre 2015, la cour nationale du droit d'asile a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire à Mme A, ressortissante camerounaise née le 25 février 1969, qui a ainsi été munie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", valable du valable du 29 novembre 2019 au 28 novembre 2023. Elle en a sollicité le renouvellement le 8 septembre 2023. Mme A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui renouveler cette carte de séjour pluriannuelle.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521 1 et L. 521-2 mentionnés au point précédent, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521 2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Ne constitue pas une telle circonstance particulière le seul fait que l'étranger se soit vu opposer un refus de renouvellement de son titre de séjour, alors même qu'une présomption d'urgence serait en principe constatée si le juge des référés était saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code.

6. D'une part, la circonstance que l'intéressée a été reconnue bénéficiaire de la protection subsidiaire ne peut, à elle seule, suffire pour caractériser une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. D'autre part, si la requérante soutient également qu'elle peut prétendre au renouvellement de plein droit de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire ", la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de cet article. Enfin, il est constant que l'intéressée est, à la date de présente ordonnance, munie d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, valable jusqu'au 27 août 2024, et qui lui permet tant de justifier de la régularité de son séjour, dans l'attente de la délivrance de la carte de résident, que d'exercer une activité professionnelle. Mme A soutient cependant que ses prestations familiales ont été suspendues par la caisse d'allocations familiales et que l'attestation de prolongation d'instruction qui lui a été remise, d'une durée de validité de trois mois, ne lui permettra pas d'obtenir le rétablissement de ces prestations sociales, subordonné à la production d'un récépissé d'une durée de six mois en vertu des dispositions combinées de l'article D. 512-1 du code de la sécurité sociale, aux termes desquelles : " L'étranger qui demande à bénéficier de prestations familiales justifie la régularité de son séjour par la production d'un des titres de séjour ou documents suivants en cours de validité : / () / 10° Récépissé de demande de titre de séjour valant autorisation de séjour portant la mention "a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire" dont la durée de validité est fixée à l'article R. 743-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", et de l'article R. 743-4, désormais codifié à l'article R. 431-15-4, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles " Pour l'application de l'article L. 424-10, dès que le bénéfice de la protection subsidiaire lui est reconnue, l'étranger est informé des modalités lui permettant d'accéder au téléservice mentionné à l'article R. 431-2 afin qu'il souscrive une demande de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle mentionnée à l'article L. 424-9. Dès la souscription de cette demande, une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande mentionnée au deuxième alinéa de l'article R. 431-15-1, d'une durée de six mois renouvelable, est mise à sa disposition par le préfet au moyen de ce téléservice. Cette attestation porte la mention " a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire ". " Cependant, Mme A, dont les prestations sociales sont suspendues depuis mars 2024, soit plus de deux mois à la date de la présente ordonnance, n'apporte aucun élément relatif à la nécessité pour elle d'obtenir, à très brève échéance, leur rétablissement. La particulière vulnérabilité de la situation de Mme A n'est donc pas établie. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie à la date de la présente ordonnance.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Vergnole et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 11 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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