Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405455
vendredi 7 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405455 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, Mme A Roussel demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner l'intégration au prochain bulletin d'information municipal MAGDeleine, à paraître pour le mois de juin 2024, de la tribune déposée par le groupe Agir pour l'Avenir le 15 mai 2024 pour une parution en juin 2024, et d'y ajouter la tribune déposée par le même groupe le 15 avril 2024 pour une parution en mai 2024 avec la précision que cette tribune constitue le droit de réponse à la tribune du groupe majoritaire publiée dans le bulletin paru au mois de mars 2024 ;
2°) d'ordonner la parution, en page 3 du prochain bulletin MAGDeleine, de l'ordonnance à intervenir ;
3°) d'ordonner que lui soit transmis la copie du bon à tirer ainsi que l'attestation de la diffusion du MAGDeleine du mois de juin 2024 auprès de l'ensemble de 12 000 foyers madeleinois ;
4°) d'ordonner la publication de l'ensemble de ces textes sur le site internet de la ville, ainsi que l'ordonnance à intervenir in extenso, sur la page d'accueil du site municipal, pendant un mois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. La condition relative à l'urgence, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, doit être appréciée en fonction de la référence faite par le législateur à la nécessité qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise, sous réserve que les autres conditions posées par le même article soient également remplies, dans les quarante-huit heures.
3. Le bulletin d'information mensuel de la commune de la Madeleine (MAGdeleine) paru en mars 2024 comporte, au sein de l'espace réservé à l'expression du groupe des élus de la majorité municipale " La Madeleine que nous aimons ", une tribune indiquant que " Le groupe d'opposition NUPES a connu une nouvelle défection en son sein avec la récente démission d'un de ses membres. Désormais officiel, ce départ vient couronner un "palmarès" de 60 % d'absentéisme aux conseils municipaux et de près de 75 % aux commissions municipales, depuis le début du mandat. Encore faut-il ajouter que les 3 suivants de la liste d'opposition appelés à pallier cette défection ont successivement démissionné pour ne pas siéger au conseil municipal. Ces absentéismes et démissions en disent long sur l'implication et l'attachement des membres de la liste d'opposition NUPES à notre commune de La Madeleine et à ses habitants ". Mme Roussel, présidente du groupe d'élus " Agir pour l'Avenir ", dont étaient membres les trois conseillers municipaux démissionnaires mentionnés par cette tribune, a, le 14 avril 2024, saisi B d'une demande tendant à la publication, au sein du bulletin MAGdeleine à paraître en avril 2024, et sans préjudice des 2156 caractères dont le groupe dispose, d'une tribune intitulée " droit de réponse du groupe minoritaire " Agir pour l'Avenir " suite à la diffusion de la tribune du groupe majoritaire "La Madeleine que nous aimons" dans le MAGdeleine du mois de mars 2024 ", précisant que la formulation retenue dans cette tribune " a pour volonté de jeter le discrédit sur les membres de la liste Agir pour l'Avenir. Les 3 membres suivants de la liste Agir pour l'Avenir suite à la démission d'une conseillère municipale ont fait connaître à Monsieur B, chef de file de la majorité municipale, le fait que ces 3 membres ont depuis les élections municipales de 2020 déménagé dans une autre commune. Les 6 élus du groupe Agir pour l'Avenir ainsi que tous les autres membres actifs de la liste souhaitent rappeler leur attachement sans faille à notre commune et leur volonté de proposer une alternative municipale ". La commune de La Madeleine a répondu à Mme Roussel en lui indiquant que ce droit de réponse serait publié dans le bulletin du mois de mai. Ce bulletin du mois de mai comporte, au sein de l'espace réservé à l'expression du groupe " Agir pour l'Avenir ", le texte du droit de réponse que Mme Roussel a demandé au maire de faire publier, mais sans que son titre " Droit de réponse " y soit mentionné.
4. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et Mme Roussel ne justifie donc pas l'urgence particulière qui s'attache au prononcé des mesures qu'elle sollicite en invoquant des atteintes qui auraient été portées à la liberté de la presse et à la liberté d'expression des élus. Si Mme Roussel soutient également que la tribune à paraître doit être transmise dans un certain délai avant la publication du bulletin et que la tribune transmise par elle le 14 avril 2024 ne sera jamais publiée en l'absence d'intervention du juge des référés, il est constant, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, que le contenu de cette tribune a déjà été publié au bulletin du mois de mai 2024, sans que la requérante ne justifie la nécessité que cette tribune, incluant cette fois son titre, soit de nouveau publiée au sein du prochain bulletin MAGdeleine, à paraître en juin 2024. Mme Roussel n'apporte, non plus, aucun élément relatif à la nécessité qu'il y aurait à ordonner l'insertion au sein du bulletin à paraître au mois de juin 2024, de la tribune déposée par le groupe Agir pour l'Avenir le 15 mai 2024, alors d'ailleurs qu'il n'est ni établi ni même allégué que B, en sa qualité de directeur de la publication, s'apprêterait à refuser cette insertion. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme Roussel doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme Roussel est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A Roussel
Une copie en sera adressée, pour information, à la commune de La Madeleine.
Fait à Lille, le 7 juin 2024.
Le juge des référés,
signé
J. ROBBE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026