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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405488

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405488

lundi 9 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405488
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 30 avril 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'interdire un spectacle musical prévu le 15 juin 2024 devant la Grande Baie de Nausicaa. Les associations requérantes, Paris Animaux Zoopolis et One Voice, invoquaient un risque d'impact négatif du bruit sur des espèces animales protégées. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les éléments fournis ne démontrant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate aux intérêts défendus par les associations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, l'association Paris Animaux Zoopolis (PAZ) et l'association One Voice, représentées par Me Robert, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 30 avril 2024 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'interdire le spectacle musical organisé devant la Grande Baie de Nausicaa le 15 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de suspendre l'organisation du spectacle musical organisé devant la Grande Baie de Nausicaa le 15 juin 2024 et de statuer de nouveau sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

Sur la requête dans son ensemble :

- l'association PAZ dispose d'un intérêt à agir dans la présente instance, dès lors qu'elle a notamment pour objet de " défendre les intérêts des animaux sans distinction d'espèce et d'améliorer leur situation " ;

- l'association One Voice dispose d'un intérêt pour agir dans la présente instance, dès lors qu'elle a notamment pour objet de " défendre les animaux quelle que soit l'espèce à laquelle ils appartiennent, et quel que soit leur statut juridique, de promouvoir le respect de leurs besoins, de leur dignité et de leurs droits " et de lutter contre toutes les formes d'exploitation de l'animal ;

- la requête a été introduite avant l'expiration du délai de recours contentieux ;

Sur l'urgence, que :

- les espèces, pour certaines classées vulnérables ou en danger d'extinction par l'Union internationale de la conservation de la nature, sont susceptibles d'être impactées négativement par le bruit induit par l'organisation du spectacle musical ;

Sur le doute sérieux, que :

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 413-13 du code de l'environnement ;

- l'absence d'autorisation spécifique pour organiser des concerts au sein de l'établissement est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 30 avril 2024, le préfet du Pas-de-Calais a refusé d'interdire le spectacle musical organisé devant la Grande Baie de Nausicaa le 15 juin 2024, et tout autre évènement musical organisé dans les baies des bassins, et de mettre en demeure le centre national de la mer Nausicaa de régulariser sa situation au regard des dispositions de l'article L. 413-3 et suivants du code de l'environnement. Par une ordonnance n°2402458 du 18 mars 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de l'association PAZ tendant à ordonner au préfet du Pas-de-Calais, en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'interdire tout évènement musical organisé par le centre national de la mer Nausicaa à proximité des différentes espèces animales présentées dans les bassins, et notamment dans le " grand bassin de la haute mer ", en particulier le concert prévu le 23 mars 2024 et la soirée-concert prévue le 15 juin 2024. Par la présente requête, l'association PAZ et l'association One Voice demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Pas-de-Calais du 30 avril 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier de l'urgence qui s'attache, selon elles, à la suspension de l'exécution de la décision en litige, l'association PAZ et l'association One Voice soutiennent que les espèces, pour certaines classées vulnérables ou en danger d'extinction par l'Union internationale de la conservation de la nature, sont susceptibles d'être impactées négativement par le bruit induit par l'organisation du spectacle musical et que le préfet du Pas-de-Calais n'établit pas que le bien-être des animaux ne serait pas impacté par l'organisation d'évènements musicaux devant la vitre du bassin. Toutefois, les associations requérantes ne produisent aucun élément suffisamment précis permettant d'établir sérieusement que les animaux impliqués dans le spectacle musical organisé par le centre national de la mer Nausicaa seraient soumis à des activités contraires au bien-être animal caractérisant une situation d'urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision qu'elles contestent, dont l'exécution n'est pas susceptible de conduire immédiatement à la destruction des espèces concernées, soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'apparaît pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Paris Animaux Zoopolis et de l'association One Voice est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Paris Animaux Zoopolis et à l'association One Voice.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.

Fait à Lille, le 9 septembre 2024 .

Le juge des référés,

Signé,

Y. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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