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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405497

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405497

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405497
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFORTUNATO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, M. B A, représenté par Me Fortunato, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui remettre par tout moyen la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié, dans le délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 750 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai de 72 heures, et dans cette attente et dans le délai de 24 heures, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

3°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de :

- l'astreinte assortissant l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour prescrite par l'ordonnance n° 2402967 du 26 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du lendemain de l'ordonnance n° 2404545 du 23 mai 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir ;

- l'astreinte assortissant l'injonction de réexamen prescrite par la même ordonnance n° 2402967 du 26 avril 2024, pour la période allant du 27 mai 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il est privé de toutes ressources financières, et placé dans l'impossibilité de s'acquitter de son loyer, de se nourrir et de se soigner, alors, d'ailleurs, qu'il a été reconnu réfugié en 2016 et qu'il appartenait au préfet du Nord de faire droit à sa demande, présentée en 2022 à sa majorité, tendant à la délivrance de la carte de résident qu'implique cette reconnaissance ;

- l'absence de tout document de séjour porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif, à sa liberté d'aller et venir, et à son droit au travail.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 juin 2024 à 13h45, en présence de M. Potet, greffier, M. Robbe, juge des référés, a lu son rapport et entendu Me Fortunato, représentant M. A.

Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour le préfet du Nord, a été enregistrée le 4 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant syrien né le 1er janvier 2004, a été admis au statut de réfugié par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 juillet 2016. Il a sollicité, à sa majorité, la délivrance d'une carte de résident en cette qualité de réfugié, à laquelle le préfet du Nord n'a pas donné suite. M. A a cependant été admis à déposer de nouveau, le 10 octobre 2023, une demande de délivrance de cette carte de résident, sur laquelle le silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Nord a fait naître une décision implicite de rejet. M. A a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision. Par une ordonnance n° 2402067 du 26 avril 2024, le juge des référés a fait droit à cette demande et, ayant suspendu l'exécution de cette décision, a enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance et de lui délivrer, dans un délai de trois jours à compter de cette même notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant ce réexamen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par une ordonnance n° 2404545 du 23 mai 2024, le juge des référés a, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, condamné l'État à verser à M. A une somme de 2 000 euros au titre de la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2402067 du 26 avril 2024, pour la période allant du 30 avril 2024 au 23 mai 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, d'une part et statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui remettre par tout moyen la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation, et dans cette attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et d'autre part et statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte assortissant l'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour prescrite par l'ordonnance n° 2402967 du 26 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période allant du lendemain de l'ordonnance n° 2404545 du 23 mai 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir, ainsi que l'astreinte assortissant l'injonction de réexamen prescrite par la même ordonnance n° 2402967 du 26 avril 2024, pour la période allant du 27 mai 2024 jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Et aux termes de l'article L. 523-1 : " Les décisions rendues en application des articles L. 521-1, L. 521-3, L. 521-4 et L. 522-3 sont rendues en dernier ressort " alors que " les décisions rendues en application de l'article L. 521-2 sont susceptibles d'appel devant le Conseil d'Etat dans les quinze jours de leur notification. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions, d'une part, que les décisions par lesquelles les juges des référés des tribunaux administratifs rejettent une demande en faisant usage du pouvoir que leur donne l'article L. 522-3 ne peuvent faire l'objet que d'un pourvoi en cassation devant le Conseil d'Etat sans qu'il y ait lieu de distinguer si la demande a été présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 ou de l'article L. 521-2, et d'autre part, que les décisions rendues par ces mêmes juges des référés en application de l'article L. 521-2 sont susceptibles d'appel devant le Conseil d'Etat.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 911-7 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ". La procédure prévue par l'article L. 911-7 du code de justice administrative se rattache à la même instance contentieuse que celle qui a donné lieu à la décision juridictionnelle dont il est demandé au juge d'assurer l'exécution. Ainsi, les voies de recours ouvertes contre la décision prise en application de cet article sont les mêmes que celles qui sont prévues contre la décision dont il est demandé au juge d'assurer l'exécution, et l'ordonnance par laquelle le juge des référés décide, à la demande de l'intéressé ou de sa propre initiative, de liquider une astreinte prononcée sur le fondement de l'article L. 521-1 ne peut faire l'objet que d'un pourvoi en cassation.

4. Il résulte de ce qui précède que, d'une part, les demandes présentées sur le fondement de l'article L. 911-7 et tendant à la liquidation d'une astreinte prononcée sur le fondement de l'article L. 521-1 et, d'autre part, celles présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 et tendant au prononcé d'une mesure de sauvegarde d'une liberté fondamentale, sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant susceptibles de recours selon des règles distinctes. Par suite, elles ne peuvent être présentées dans une même requête. En tout état de cause, une demande tendant à la liquidation d'une astreinte sur le fondement de l'article L. 911-7, dès lors qu'elle se rattache, ainsi qu'il vient d'être indiqué, à la même instance contentieuse que celle qui a donné lieu à la décision juridictionnelle dont il est demandé au juge d'assurer l'exécution, ne peut avoir pour effet d'introduire une instance distincte, et ne peut donc être présentée, dans une même requête, simultanément avec une nouvelle demande en référé, qu'elle soit présentée sur le fondement de l'article L. 521-1, L. 521-2 ou L. 521-3 du code de justice administrative.

5. La requête de M. A, présentée sur le fondement des articles L. 521-2 et L. 911-7 du code de justice administrative, est par conséquent irrecevable.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que sa requête, y compris ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, doit être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Fortunato et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 5 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé,

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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