Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405530

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. C A, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 5 septembre 2023 par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande tendant au renouvellement de son autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer un document provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la prolongation de sa situation précaire est anormalement longue, eu égard à la suspension de ses droits sociaux depuis juin 2023 alors qu'il est sans ressources ;

- la décision attaquée n'est pas motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, alors qu'il a demandé en vain la communication de ses motifs le 14 septembre 2023 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de preuve de la collégialité de l'avis des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en méconnaissance des articles L. 425-10, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est de même impossible d'identifier les membres du collège de médecins ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il avait déjà été bénéficiaire d'autorisations provisoires de séjour en qualité de parent d'enfant malade, selon une jurisprudence reconnaissant cette possibilité aux ressortissants algériens et que son fils est atteint de graves pathologies et que l'OFII a déjà émis un avis positif ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7° de l'accord franco-algérien eu égard à l'état de santé de son fils ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux ;

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations en défense.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2405538 enregistrée le 30 mai 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 à 14 h 00 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Girsch, substituant Me Vergnole, représentant M. A, qui a confirmé le contenu de ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 15 janvier 2024, comme il l'indique lui-même dans sa requête, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. M. A, ressortissant algérien, né le 11 juin 1982, est entré en France le 27 juin 2019 avec son épouse et ses deux enfants mineurs sous couvert d'un visa de court séjour et après s'être vu définitivement refuser le bénéfice du statut de réfugié, le 30 décembre 2020, il a sollicité puis obtenu, comme son épouse, la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'enfant malade, pour son fils mineur né le 15 mai 2016. Cette autorisation a été renouvelée une première fois jusqu'au 15 juin 2023 et M. A a sollicité un second renouvellement, le 5 mai 2023. En dépit de l'avis favorable émis le 24 juillet 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet du Nord n'a pas explicitement répondu à cette demande. M. A qui a sollicité, le 14 septembre 2023 la communication des motifs de la décision implicite de rejet ainsi intervenue et a formé contre elle un recours pour excès de pouvoir, demande également en référé la suspension de l'exécution de cette décision.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. S'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate de cette décision sur la situation concrète de l'intéressé, et si cette condition d'urgence doit être en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A a obtenu, depuis le 25 avril 2024, le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour qu'elle détenait, comme le requérant, en qualité de parent d'enfant malade. En se prévalant de la seule suspension des droits sociaux que lui vaut l'absence de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour, alors qu'il n'est pas contesté à l'audience que son épouse les avait recouvrés, la condition d'urgence ne peut, dans les circonstances particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision implicite contestée doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. La présente ordonnance de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. L'Etat n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions présentées par M. A sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

E. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,