Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405540

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405540
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, la société Le Sans Deux, représentée par Me Mankikian, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le maire de Hautmont a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Le Sans Deux ", tous les jours de la semaine de 20 heures à 7 heures pendant une durée de trois mois ;

3°) de mettre à la charge de " l'État pour la commune de Hautmont " une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. À la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

3. Pour justifier d'une situation d'urgence particulière impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un très bref délai, la société requérante soutient que l'arrêté en litige, par lequel le maire de Hautmont a ordonné la fermeture administrative de son établissement à l'enseigne " Le Sans Deux " tous les jours de la semaine de 20 heures à 7 heures pendant une durée de trois mois, préjudicie de manière grave à sa situation financière et économique, eu égard en particulier, d'une part, à la privation du surcroit d'activité généré par l'Euro de football entre le 14 juin 2024 et le 14 juillet 2024 et par les jeux olympiques entre le 26 juillet 2024 et le 8 septembre 2024, et, d'autre part, au caractère périssable des produits alimentaires proposés dans l'établissement. Cependant, en se bornant, à cet égard, à produire une attestation de son expert-comptable indiquant, d'une part, le chiffre d'affaires réalisé par la société lors des exercices 2020 et 2023 et au cours de la période comprise entre le 2 janvier 2024 et le 30 mai 2024, et, d'autre part, les charges mensuelles, la société requérante ne fournit pas l'ensemble des éléments permettant d'apprécier la situation d'ensemble de celle-ci. En particulier, elle n'indique pas la fraction de son chiffre d'affaires correspondant à son activité réalisée après 20 heures, et n'apporte ainsi pas de justification suffisante permettant d'établir ni la réalité, ni l'étendue de la baisse de chiffre d'affaires dont elle se prévaut et qui résulterait, selon elle, des effets de l'arrêté en litige. En outre, elle n'établit ni même n'allègue que sa trésorerie ne lui permettrait pas de supporter le manque à gagner qu'entraîne pour elle la perte partielle de chiffres d'affaires sur la période restant à courir de la fermeture, soit jusqu'au 29 août 2024 inclus. L'arrêté en litige ne peut donc être regardé comme ayant pour conséquence, du seul fait de la privation partielle de chiffres d'affaires qu'il entraîne sur la période de fermeture restant à courir, de menacer à très court terme la pérennité de la société. Si les recettes tirées de l'exploitation de l'établissement constituent, d'après la société requérante, la seule source de revenus de M. A, il résulte de ce qui vient d'être dit que, la privation de recettes résultant de l'arrêté en litige n'étant pas chiffrée précisément et la pérennité de cet établissement n'étant pas, en l'état de l'instruction, mise en péril à très brève échéance, l'urgence n'est pas davantage établie, alors, d'ailleurs, qu'aucun élément n'est apporté sur la situation financière de M. A et que, en tout état de cause, l'urgence s'apprécie au regard de la nécessité pour la société requérante, et non pour M. A, d'obtenir une mesure de sauvegarde. Enfin, la circonstance alléguée qu'il n'aurait été proposé aucune solution d'apaisement pour protéger M. A et ses enfants contre les agressions physiques et verbales est sans incidence sur l'appréciation de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'arrêté en litige, lequel n'est pas à l'origine de ces agressions, au demeurant non établies. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardé comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède, que sa requête de la société Le Sans Deux, en toutes ses conclusions y compris ses conclusions présentées au titre des frais du procès, doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Le Sans Deux est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à société Le Sans Deux.

Une copie sera adressée pour information à la commune de Hautmont.

Fait à Lille, le 4 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,