Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405573
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405573 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, M. C A, représenté par Me Doré, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour présentée le 25 octobre 2023 en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, de lui délivrer une carte de résident ou à défaut de finaliser l'instruction de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire de lui délivrer un document provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et d'instruire sa demande de renouvellement de carte de séjour pluriannuelle dans le délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de document de séjour, il n'est plus en mesure de bénéficier de ses droit sociaux ainsi que des effets de la protection subsidiaire dont le bénéfice lui a été reconnu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, d'exercer son activité professionnelle ainsi que de subvenir à ses besoins, de se déplacer librement et qu'il est susceptible de faire l'objet d'une mesure de rétention administrative ;
- la décision attaquée a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en tant qu'elle méconnaît les dispositions des articles R. 311-4, R. 431-10 et R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 561-1, L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire, il doit se voir délivrer un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet du Nord a produit des pièces qui ont été enregistrées le 12 juin 2024 et communiquées.
Vu :
- la requête enregistrée le 31 mai 2024 sous le numéro 2405574 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue le 12 juin 2024 à 11h30, M. B a :
- lu son rapport ;
- entendu les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête ; elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant s'est vu remettre le 11 juin 2024 une attestation de prolongation d'instruction ; elle indique en outre que les délais d'instruction de la demande de l'intéressé tiennent à des circonstances particulières ayant trait à son comportement, susceptible de caractériser l'existence d'une menace pour l'ordre public ;
- et constaté l'absence de M. A ou de son représentant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1997, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire et délivrer à ce titre une carte de séjour pluriannuelle valable du 26 décembre 2019 au 25 décembre 2023. Le 25 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour. Par sa requête, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
6. En l'espèce, le refus opposé l'a été à une demande portant notamment sur le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle détenue par A en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire. La circonstance que, postérieurement à l'introduction de la requête, une attestation de prolongation d'instruction valable pendant trois mois a été remise au requérant n'est pas de nature à faire échec, à elle seule, à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7. Il ne résulte pas de l'instruction que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait, en application de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis fin à la protection subsidiaire dont bénéficie M. A ni que le dossier de demande présenté par celui-ci aurait été incomplet. Par suite, et en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire doit être suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut, sans excéder son office, ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant la décision administrative contestée.
10. En l'espèce, si M. A demande au juge des référés d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de résident en application des dispositions de l'article L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une telle mesure aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative de la décision par laquelle le juge de l'excès de pouvoir viendrait, le cas échéant, prononcer l'annulation de la décision de refus litigieuse. Ces conclusions doivent donc être rejetées. Cependant, la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord réexamine la situation de M. A. Il y a lieu, par suite d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et d'édicter à cet effet une décision expresse statuant sut le droit au séjour du requérant, sans qu'il y ait toutefois lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a par ailleurs pas non plus lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant le requérant à travailler, une telle autorisation lui ayant été délivrée dans le courant de l'instance.
Sur les frais du litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Doré, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Doré de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Doré renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Doré, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Doré, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 20 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé,
B. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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