Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405592

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405592
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2024, M. B A, représenté par Me Marbach, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Nord, en application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'achever l'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, valable six mois, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 70 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient :

Sur l'urgence, que :

- cette condition est remplie, dès lors que l'inertie de l'administration le place en situation irrégulière sur le territoire français, l'exposant alors au risque de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- en l'absence de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, il risque d'être licencié ;

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

- l'absence de délivrance d'un récépissé de sa demande de titre de séjour porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail ainsi qu'à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

Vu :

- l'ordonnance n°2402066 du 29 février 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 février 2000, déclare être entré en France le 13 décembre 2015 en qualité de mineur non accompagné. A sa majorité, il a été muni d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant-élève ", valable du 17 février 2021 au 16 février 2022 puis d'une carte de séjour temporaire " travailleur temporaire ", valable du 1er mars 2022 au 28 février 2023. Il a sollicité, le 7 décembre 2022, un changement de statut en vue de l'obtention d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " où, à défaut le renouvellement de son titre de séjour " travailleur temporaire ". Par décision du 29 juin 2023, la demande de carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " a été rejetée. Une nouvelle demande présentée sur ce fondement a été présentée le 19 octobre 2023. Il a toutefois été muni d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur temporaire ", ainsi renouvelée pour la période du 1er mars 2023 au 29 février 2024. Par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 28 décembre 2023 par les services de la préfecture du Nord, il a sollicité en vain le renouvellement de son titre de séjour en qualité de travailleur temporaire. A la suite de l'ordonnance du juge des référés du tribunal du 29 février 2024, visée ci-dessus, M. A a été muni, le 4 mars 2024, d'un récépissé valable jusqu'au 3 juin 2024. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord d'achever l'instruction de sa demande ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé de cette demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.

4. Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 28 décembre 2023 par les services de la préfecture du Nord. Il ne résulte pas de l'instruction que ce dossier aurait fait l'objet d'un refus d'enregistrement au motif de son caractère incomplet. Ainsi, en application des dispositions ci-dessus reproduites au point précédent, cette demande est réputée avoir fait l'objet d'une décision implicite de rejet née au terme d'un délai de quatre mois suivant l'enregistrement, le 28 décembre 2023, date à laquelle sa demande doit être réputée complète, à défaut de tout élément contraire, soit le 28 avril 2024. A cet égard la délivrance, le 4 mars 2024, d'un premier récépissé n'implique pas que le dossier ait été regardé comme incomplet par le préfet avant cette date et il ne résulte pas davantage de l'instruction, notamment pas de l'ordonnance précitée du 29 février 2024, qu'une décision implicite de rejet sur la demande de renouvellement n'ait pu naître le 28 avril 2024 et présenter un caractère exécutoire. Dans ces conditions, un récépissé ayant pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour et celle de la demande formulée par M. A en vue du renouvellement de son titre de séjour ayant nécessairement pris fin avec l'édiction de la décision implicite de rejet précitée, le préfet du Nord ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales invoquées par le requérant en ne lui délivrant pas, à ce jour, date d'expiration de son récépissé, un nouveau récépissé.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant à l'urgence est remplie et sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 3 juin 2024.

Le juge des référés,

signé

J.M. RIOU

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,