Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405603

mercredi 26 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405603
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, M. B A, représenté par Me Guillaud, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet du Nord, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer son titre de séjour, dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée, s'agissant d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; il n'est plus en mesure de justifier de son droit au séjour, a perdu son emploi, ne peut reprendre une nouvelle activité professionnelle et se trouve dans l'impossibilité de voyager ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lemaire, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 26 juin 2024 à 9 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Blanc, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lemaire, juge des référés,

- les observations de Me Guillaud, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de Me Hacker, représentant la SELARL Centaure Avocats, avocat du préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et soutient que la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par M. A n'a pas été accueillie et qu'elle a dès lors été implicitement rejetée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant centrafricain admis au bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 7 mai 2015, a été mis en possession d'une carte de séjour valable du 30 juillet 2019 au 29 juillet 2023. Il a demandé le renouvellement de ce titre le 21 mai 2023. Il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de lui remettre le titre qui lui a été accordé par une décision en date du 12 mars 2024 et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet du Nord n'a pas accueilli la demande qu'il avait présentée le 21 mai 2023 et accepté ainsi de renouveler le titre de séjour qui lui avait été accordé, cette demande ayant été implicitement rejetée à l'expiration du délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à demander qu'il soit ordonné au préfet du Nord, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui remettre un titre de séjour et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dès lors que ces mesures feraient obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans préjudice de la possibilité pour lui, s'il s'y croit fondé, de demander la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que les conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 de ce code doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les très particulières circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Guillaud, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Guillaud d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Guillaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Guillaud, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Maeliss Guillaud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 26 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé,

O. LEMAIRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,