Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405644
lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405644 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juin 2024, M. A C, représenté par Me Josseaume, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet du Nord a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 5 mois à compter de la date de rétention du titre ou, à défaut, de la date de notification de la présente décision.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation professionnelle et personnelle ;
- la suspension demandée est le seul moyen d'assurer l'effectivité de son recours au fond, suivant l'exigence de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision de suspension de son permis de conduire :
- la décision contestée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 224-2 et suivants du code de la route et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le troisième alinéa de l'article L. 224-2 du code de la route ;
- elle contourne la loi et méconnaît l'exigence de procédure contradictoire préalable prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de toute urgence de nature à justifier que le préfet s'abstienne d'une telle procédure.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 23 mai 2024 sous le n° 2405247 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B, premier vice-président pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. M. C, après avoir été verbalisé pour avoir circulé à la vitesse de 122 km/h, soit 40 km/h de plus que la vitesse maximale autorisée, a fait l'objet d'une mesure de rétention de son permis de conduire pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire. Dans ces circonstances, le préfet du Nord, par un arrêté du 6 mai 2024, a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 5 mois à compter de la date de rétention du titre ou à défaut de la date de notification de la décision. M. C demande au juge des référés la suspension de cette décision.
En ce qui concerne l'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour établir l'existence d'une situation d'urgence, M. C soutient, d'une part, que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation professionnelle dans la mesure où elle le priverait d'exercer sa profession de dirigeant d'une société spécialisée dans les activités de réalisation de prestations de conseil et d'accompagnement aux entreprises en matière de stratégie digitale, laquelle exige de multiples déplacements pour lesquels le permis de conduire est indispensable, aucun autre moyen de transport n'étant disponible. Il soutient, d'autre part, que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle dans la mesure où il ne pourrait plus déposer sa fille âgée de trois ans à la crèche, l'emploi de sa compagne contraignant celle-ci à de multiples déplacements. Enfin, le requérant habitant à la campagne, il ne bénéficierait d'aucun moyen de transport en commun ni d'aucun commerce pour subvenir à ses besoins quotidiens. Toutefois, en se bornant à produire un extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés, son contrat à durée indéterminée et celui de sa compagne, ainsi qu'un extrait de livret de famille, M. C ne produit aucune justification suffisante permettant d'établir que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation tant professionnelle que personnelle. Si M. C soutient également que la suspension des effets de la décision en litige permettrait d'assurer le respect du droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette circonstance n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, et compte tenu de l'intérêt public qui s'attache à la préservation de la sécurité routière, avec laquelle est incompatible le comportement routier de M. C, verbalisé pour avoir circulé à la vitesse de 122 km/h soit 40 km/h de plus que la vitesse maximale autorisée, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C.
Copie en sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 24 juin 2024 .
Le juge des référés,
Signé
Y. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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