Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405732
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405732 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2024, M. B A, représenté par Me Schryve, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 30 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 521-2, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée satisfaite, s'agissant d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; au surplus, la décision attaquée a des conséquences graves sur sa situation personnelle dans la mesure où l'absence de titre de séjour le contraint à mettre un terme à son contrat d'alternance qui lui permet actuellement de financer ses études ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait l'autorité de la chose jugée qui s'attache à l'ordonnance du tribunal administratif du 15 février 2024 n°2400404 dans la mesure où le préfet a repris les mêmes motifs pour prononcer la décision attaquée ;
-elle méconnait l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dans la mesure où le juge des référés avait constaté le caractère réel et sérieux de ses études dans son ordonnance du 15 février 2024 n°2400404 et qu'il dispose de moyens d'existence suffisants ;
-elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce qui concerne le caractère sérieux de ses études ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- la copie de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992, publiée par le décret n° 2003-963 du 3 octobre 2003 ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement du 5 juillet 2007 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Livenais, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juin 2024 à 10 h 15 :
- le rapport de M. Livenais, juge des référés,
- les observations de Me Schryve, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête introductive d'instance, par les mêmes moyens ;
- et les observations de Me Acker, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. M. A, ressortissant gabonais né le 12 avril 1997, est entré en France le 25 août 2015 muni d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 8 septembre 2016 au 7 septembre 2017, renouvelée jusqu'au 15 octobre 2018. Il a ensuite bénéficié, en cette même qualité d'étudiant d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 16 octobre 2018 au 15 octobre 2020, renouvelée jusqu'au 15 octobre 2023. M. A a sollicité, le 24 août 2023, le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Toutefois, le juge des référés de ce tribunal, par une ordonnance n°2400404 du 15 février 2024, a ordonné la suspension de cet arrêté et a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A. Par un arrêté du 30 avril 2024, pris en exécution de cette injonction, le préfet du Nord a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité. Ce dernier demande au juge des référés la suspension de l'arrêté du préfet du Nord du 30 avril 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. La décision litigieuse refusant le renouvellement du titre de séjour de M. A, et le préfet du Nord n'opposant aucun élément particulier susceptible de faire échec à la présomption mentionnée au point précédent, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 doit être regardée comme remplie.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction et compte tenu, notamment, des éléments circonstanciés exposés par le requérant en ce qui concerne le déroulement de ses études ainsi que sur les ressources qu'il tire de l'activité professionnelle qu'il exerce actuellement dans le cadre de son contrat d'apprentissage conclu avec la société Parangon Business Process Services, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux des études poursuivies par M. A en méconnaissance des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision en date du 30 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ".
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. La suspension de l'exécution de la décision contestée prononcée par la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A que le préfet du Nord réexamine la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle dans le délai de huit jours à compter de la notification de la même ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais du litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A d'une somme de 800 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 30 avril 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " de M. A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle dans le délai de huit jours à compter de la notification de cette même ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 20 juin 2024
Le juge des référés,
Signé,
Y. LIVENAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2405732
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