Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405740

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. C A, représenté par Me Cabaret, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte assortissant l'injonction de réexamen de sa demande de délivrance de carte de résident, prescrite par l'ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période comprise entre le 8 mai 2024 et la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- malgré l'injonction prescrite par l'ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024, le préfet n'a pas procédé au réexamen de sa demande de délivrance de carte de résident et à l'édiction d'une décision expresse.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- une carte de résident de 10 ans valable du 13 mai 2024 au 12 mai 2034 est en cours de fabrication. Dans l'attente de sa remise, M. A s'est vu remettre un récépissé valable du 27 mars 2024 au 26 septembre 2024 ;

- les injonctions ayant été suivies d'effet, une liquidation d'astreinte n'est pas nécessaire.

Vu :

- l'ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 à 10 heures tenue en présence de M. Deraoui, greffier d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Cabaret, avocate représentant M. A, qui a maintenu les conclusions de la requête en l'absence de délivrance effective de titre de séjour ;

- les observations de Me Dussault, avocat représentant le préfet du Nord, qui a fait valoir qu'un récépissé a été délivré à l'intéressé dès le 27 mars 2024, que la délivrance d'une carte de résident est actée et que sa fabrication est en cours sur un site délocalisé. Par suite, une liquidation d'astreinte n'apparaît pas justifiée, dans les circonstances de l'espèce.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 15 avril 1992, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides du 17 octobre 2021. Après avoir sollicité du préfet du Nord la délivrance d'une carte de résident de dix ans en qualité de réfugié, il a été muni d'un récépissé de cette demande, valable du 16 juin 2022 au 15 décembre 2022, puis d'une attestation de prolongation d'instruction, valable du 4 octobre 2023 au 3 janvier 2024. Par une ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de M. A tendant à la délivrance de la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié et a enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de trois jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte assortissant l'injonction de réexamen de sa demande de délivrance de carte de résident, prescrite par l'ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période comprise entre le 8 mai 2024 et la décision à intervenir.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

2 Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

3. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée.

4. Ainsi qu'il a déjà été indiqué au point 1, par l'ordonnance n° 24000736 du 8 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, il a été enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de trois jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué, chacune de ces deux injonctions étant prononcée sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Le préfet du Nord établit que M. A s'est vu remettre un récépissé valable du 27 mars 2024 au 26 septembre 2024, que la délivrance à l'intéressé d'une carte de résident est actée et que sa fabrication est en cours sur un site délocalisé depuis le 31 mai 2024. Par suite, et même si, pour des raisons matérielles, la carte de résident n'a pas encore été délivrée à M. A, le préfet du Nord doit être regardé comme ayant accompli les diligences dans l'exécution des mesures enjointes par l'ordonnance précitée. Ainsi, les conclusions tendant à ce que l'astreinte dont a été assortie l'injonction soit liquidée à compter du 8 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, verse une somme à M. A au titre desdites dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 13 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,