jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405812 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2024, M. B A, représenté par Me Okitadjonga Anyikoy, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions du 31 mai 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le Cameroun comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait puisqu'il est entré en France muni d'un visa allemand ;
- elle contrevient aux dispositions des articles L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- et elle est entachée d'une erreur d'appréciation puisqu'il a bénéficié de récépissés de titre de séjour en sa qualité de demandeur d'asile et qu'il n'a pas été tenu compte de sa situation spécifique.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est empreinte d'une erreur de droit ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles des articles 1 et 2 de la Convention de Genève ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est fondée sur une décision d'éloignement qui est elle-même irrégulière ;
- et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales amendée, signée à Rome le 4 novembre 1950 ;
- l'accord franco-camerounais du 27 décembre 1968 ;
- la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New-York le 20 novembre 1989 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Larue en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Larue, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- M. A n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant camerounais né le 23 décembre 1991, déclare être entré en France le 4 juin 2015, muni d'un visa étudiant qui lui avait été délivré par les autorités consulaires allemande le 7 avril 2015 et qui était valable jusqu'au 6 avril 2018. Le 21 avril 2016, il a sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire. Il a été interpellé le 30 mai 2024 à la suite d'un contrôle d'identité opéré rue d'Iéna à Lille à 14h35. N'étant pas à même de justifier de son droit à circuler ou séjourner en France, M. A a fait l'objet d'une mesure de retenue administrative aux fins de vérification de ce droit. Après qu'il serait apparu qu'il n'avait jamais effectué de démarche en vue de la délivrance d'un titre de séjour, il a fait l'objet, le lendemain de son interpellation, d'une obligation de quitter sans délai le territoire français à destination du Cameroun et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler ces décisions.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France muni d'un visa étudiant Schengen qui lui avait été délivré par les autorités allemandes et qu'il s'est vu délivrer, le 21 avril 2016, un récépissé de titre de séjour en qualité de demandeur d'asile. Or, sans qu'il ait été procédé au bornage Eurodac de l'intéressé ou à la consultation du fichier Visabio, le préfet du Nord se borne à indiquer dans la décision attaquée que si " M. A déclare être venu directement en France avec un visa étudiant délivré par les autorités allemandes en 2015, il ne peut en apporter la preuve " et que " s'il déclare s'être vu délivré un récépissé de demande de titre de séjour, il ressort inconnu au fichier national des étrangers et aucune démarche administrative de ce dernier en vue de se régulariser sur le territoire nationale n'est matérialisée à ce jour ". Il suit de là que l'obligation de quitter le territoire français attaquée est, comme le soutient le requérant, fondée sur des faits matériellement inexacts et une erreur d'appréciation de sa situation.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, M. A est fondé à solliciter pour erreur de fait et d'appréciation, et non pour la méconnaissance d'un texte pouvant seule justifier une substitution de base légale, l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français attaquée. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du 31 mai 2024 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Cameroun comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions au titre des frais exposés et non compris dans les dépens :
5. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, à titre provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Okitadjonga Anyikoy renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à ce dernier d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Article 2 : Les décisions du 31 mai 2024, par lesquelles le préfet du Nord a obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le Cameroun comme pays de destination de la mesure d'éloignement et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'un an, sont annulées.
Article 3 : L'Etat versera à Me Okitadjonga Anyikoy, avocat de M. A, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Okitadjonga Anyikoy et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
X. LARUE
La greffière,
Signé
V. LESCEUX
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°240581
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026