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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2405861

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405861

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405861
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Cabaret, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale ", dans le délai de 48 heures, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En distinguant les deux procédures prévues par les articles L. 521-1 et L. 521-2 mentionnés au point précédent, le législateur a entendu répondre à des situations différentes. Les conditions auxquelles est subordonnée l'application de ces dispositions ne sont pas les mêmes, non plus que les pouvoirs dont dispose le juge des référés. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article.

4. D'autre part, l'article L. 522-3 du même code permet au juge des référés de rejeter par une ordonnance motivée, sans instruction ni audience, une requête ne présentant pas un caractère d'urgence.

5. La circonstance que l'époux de Mme B a été reconnu bénéficiaire de la protection subsidiaire ne peut, à elle seule, suffire pour caractériser une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. D'autre part, si la requérante soutient également qu'elle peut prétendre à la délivrance de plein droit d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " membre de la famille du bénéficiaire de la protection subsidiaire bénéficiaire ", sur le fondement de l'article L. 424-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou à tout-le-moins à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande, sur le fondement de l'article R. 431-15-1 du même code, la circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de cet article. Enfin, Mme B invoque la situation de grande précarité dans laquelle se trouverait sa cellule familiale, incluant son époux et leur cinq enfants mineurs, et, en particulier, leurs difficultés à bénéficier de la reconduction d'un logement social en raison de la fermeture du dispositif AVDL-R. Cependant, alors que son mari est détenteur d'une carte de séjour pluriannuelle, elle n'indique pas en quoi les mesures qu'elle sollicite personnellement seraient susceptibles de faire aboutir, à très brève échéance, les démarches déjà entreprises en vue de bénéficier à tout le moins d'un dispositif d'hébergement d'urgence. Par ailleurs, si elle soutient qu'elle ne peut prétendre au bénéfice des prestations sociales servies par la caisse d'allocations familiales, il résulte de l'instruction que son époux bénéficie déjà de plusieurs prestations sociales, sans que la requérante n'indique quel est le montant supplémentaire de ces prestations dont bénéficierait la cellule familiale si elle-même en obtenait personnellement le bénéfice. Par suite, la condition d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il y a lieu, par suite, de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée Mme A B et à Me Cabaret.

Copie en sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 17 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

J. FEMENIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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