Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405951
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2405951 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, Monsieur A B, représenté par Me Dalil Essakali, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) en application de l'article R 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Nord en date du 6 juin 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de cette aide, de mettre à la charge de l'Etat la même somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite, en ce que la décision attaquée, contraire à l'injonction prononcée par jugement de ce tribunal n° 2201791 du 23 avril 2024, lui interdit de se maintenir sur le sol français alors qu'il y est établi depuis plus de 17 ans, et met en péril sa vie personnelle et professionnelle ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en ce que cette dernière est insuffisamment motivée, qu'elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des articles L. 423-1, L. 423-5, R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. M. B, ressortissant tunisien né le 14 octobre 1981, est entré en France en 2007 à l'âge de 26 ans. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement par arrêté du préfet du Nord du 11 octobre 2020 dont il a demandé l'abrogation. Le préfet du Nord, par décision du 12 février 2022 a, d'une part, rejeté cette demande d'abrogation et, d'autre part, refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour. Par jugement n° n° 2201791 du 23 avril 2024, ce tribunal a, cependant, annulé cette décision du 12 février 2022 et enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande d'abrogation de sa décision du 11 octobre 2020 présentée par M. B ainsi que de sa décision portant refus de titre de séjour à l'intéressé, dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. Par décision du 6 juin 2024, le préfet du Nord a confirmé, aux termes de ce réexamen, le refus de titre de séjour opposé à M. B. Ce dernier demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Nord en date du 6 juin 2024.
3. En soutenant, d'une part, que la décision attaquée est insuffisamment motivée et d'autre part, que le préfet du Nord aurait entaché sa décision, en ce qu'elle porte refus de titre de séjour, d'erreur de droit dans l'application des articles L. 423-1, L. 423-5, R. 431-12 et R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, alors qu'il résulte de l'instruction que la décision du préfet du Nord du 12 février 2022 statuait sur une demande de titre de séjour présentée par M. B en qualité de salarié et non, comme il s'en prévaut dans le cadre de la présente instance, en qualité de conjoint de ressortissant français et que le requérant ne justifie à aucun moment avoir présenté auprès du préfet du Nord une demande de titre de séjour en cette dernière qualité, M. B ne soulève aucun moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens de légalité externe soulevés par l'intéressé étant au demeurant radicalement inopérants. La demande de M. B présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme manifestement mal fondée
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ni de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, y compris sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Dalil Essakali.
Copie en sera adressée pour son information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé,
Y. C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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