Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2405979

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2405979
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Berthe, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période à compter du 26 mai 2024 inclus jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir ;

2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l'astreinte prononcée par cette ordonnance en la fixant à 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le préfet du Nord n'a pas exécuté, dans le délai qui lui était imparti, l'injonction prescrite par le juge des référés.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Il a pris une nouvelle décision accordant à M. A une carte de séjour valable du 12 juin 2024 au 11 juin 2025 ;

- M. A dispose d'un récépissé valable du 29 mai 2024 au 28 août 2024 dans l'attente de la fabrication du titre de séjour.

Par un mémoire en réplique enregistré le 18 juin 2024, M. B A, représenté par Me Berthe, se désiste de ses conclusions tendant à la modification de l'astreinte, demande au tribunal de liquider l'astreinte prononcée contre l'Etat à hauteur de 350 euros par jour à compter du 26 mai 2024 inclus jusqu'au 12 juin 2024 et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Paganel, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 25 juin 2024 à 11h00, en présence de Mme Blanc, greffière d'audience, M. Paganel, juge des référés, a lu son rapport.

Les parties n'étaient, ni présentes ni représentées à l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par son ordonnance n° 2306405 du 25 juillet 2023, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, suspendu l'exécution de la décision du 21 juin 2023 par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de M. A tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", au motif que le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par l'autorité administrative dans l'appréciation du caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressé est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. En outre, le juge des référés a enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance. Par son ordonnance n° 2309861 du 24 novembre 2023, la juge des référés du même tribunal, saisie sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a estimé que la lettre du 30 octobre 2023 adressée au président du tribunal administratif par laquelle les services préfectoraux indiquent " maintenir les termes de la décision du 21 juin 2023 le temps que le juge de l'excès de pouvoir se prononce ", ne saurait être regardée comme une décision expresse par laquelle le préfet du Nord aurait statué sur le droit au séjour de M. A, en a déduit que le préfet du Nord n'a pas procédé à l'exécution de l'ordonnance n° 2306405 du 25 juillet 2023 dans les conditions définies par celle-ci, qui impliquaient la notification à l'intéressé d'une décision expresse sur son droit à la délivrance du titre de séjour demandé, et a, en conséquence, assorti l'injonction prescrite par cette ordonnance n° 2306405 du 25 juillet 2023 d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de dix jours. Par son ordonnance n° 2311337 du 7 février 2024, le juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative a liquidé provisoirement à une somme de 2 100 euros l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2309861 du 24 novembre 2023, pour la période du 28 décembre 2023 au 7 février 2024. En outre, par la même ordonnance, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, le même juge des référés a majoré le montant de l'astreinte à la somme de 150 euros par jour de retard. Par son ordonnance n° 2402241 du 18 mars 2024, la juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative a liquidé provisoirement à une somme de 5 550 euros l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2309861 du 24 novembre 2023, pour la période du 11 février 2024 au 18 mars 2024. En outre, par la même ordonnance, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, la même juge des référés a majoré le montant de l'astreinte à la somme de 250 euros par jour de retard. Par son ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024, la juge des référés du tribunal a relevé que l'arrêté du 2 mai 2024 du préfet du Nord est fondé sur les motifs tirés de ce que l'intéressé ne justifie ni d'une progression effective et significative dans ses études, ni de leur caractère réel et sérieux, et estimé que ces motifs sont identiques à ceux opposés dans la précédente décision du préfet du Nord du 21 juin 2023. La juge des référés a ainsi estimé que, ce faisant, le préfet du Nord n'a pas remédié au vice retenu par le juge des référés dans son ordonnance n° 2306405 du 25 juillet 2023 et a méconnu la force obligatoire de cette ordonnance, et, compte tenu de l'inexécution de celle-ci, statuant sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, a majoré à 350 euros par jour de retard l'astreinte précédemment fixée, et, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, condamné l'État à verser à M. A une somme de 7 800 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2309861 du 24 novembre 2023 et majorée par les ordonnances n° 2311337 et n° 2402241, pour la période allant du 22 mars 2024 au 22 mai 2024. Par la requête enregistrée sous le n° 2405979, M. A a demandé au juge des référés, d'une part, statuant sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024 de la juge des référés du tribunal administratif de Lille, pour la période à compter du 26 mai 2024 inclus jusqu'à l'intervention de l'ordonnance à intervenir, d'autre part, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier l'astreinte prononcée par cette ordonnance en la fixant à 500 euros par jour de retard. Dans le dernier état de ses écritures, il se désiste de ses conclusions tendant à la modification de l'astreinte et demande au tribunal de liquider l'astreinte prononcée contre l'Etat à hauteur de 350 euros par jour à compter du 26 mai 2024 inclus jusqu'au 12 juin 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Par un mémoire en réplique enregistré le 18 juin 2024, M. A s'est désisté de ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions tendant, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, à la liquidation de l'astreinte :

3. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".

4. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée.

5. Le préfet produit une capture d'écran justifiant de l'existence de sa décision de délivrance d'une carte de séjour valable du 12 juin 2024 au 11 juin 2025 et de l'existence d'un récépissé valable du 29 mai 2024 au 28 août 2024 dans l'attente de la fabrication du titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet du Nord doit être regardé comme ayant satisfait à l'injonction de réexamen prononcée par l'ordonnance n° 2306405 du 25 juillet 2023 conformément à ce qui est précisé aux points 7 et 8 de l'ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024, à compter du 12 juin 2024, date de début de validité du titre de séjour. Il y a lieu, dès lors, de procéder, au bénéfice de M. A, à la liquidation de l'astreinte assortissant cette injonction pour la période commençant à compter du 26 mai 2024, ainsi qu'il est demandé, et courant jusqu'au 11 juin 2024, au taux de 350 euros par jour fixé par l'ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de modérer le montant dû qui doit, pour 17 jours, ainsi être fixé à 5 950 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais que le requérant a exposés dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de M. A présentées sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

Article 2 : L'État est condamné à verser à M. A une somme de 5 950 euros au titre de la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n° 2404178 du 22 mai 2024, pour la période du 26 mai 2024 au 11 juin 2024.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée au préfet du Nord et par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.

Fait à Lille, le 25 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

M. PAGANEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,