Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406014
mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406014 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, Mme C B, représentée par Me Lacherie, demande au juge des référés :
1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 22 mai 2024 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Seclin - Carvin lui a interdit de rendre visite à M. A B au sein du service de soins médicaux et de réadaptation de Carvin ;
2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Seclin Carvin une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été placé sous sauvegarde de justice par une ordonnance du 1er février 2024 du juge des tutelles du tribunal de proximité de Lens, qui a désigné en qualité de mandataire l'association tutélaire du Pas-de-Calais. Il est actuellement hospitalisé au sein du service de soins médicaux et de réadaptation de Carvin. Son épouse, Mme B, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 22 mai 2024 par laquelle le directeur du groupe hospitalier Seclin - Carvin lui a fait interdiction de lui rendre visite au sein de ce service " jusqu'à ce que des faits nouveaux justifient une réévaluation de celle-ci ".
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à la réunion de deux conditions tenant, d'une part, à une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge dans les plus brefs délais, et, d'autre part, à l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
4. S'agissant de la condition de l'urgence, il appartient à toute personne demandant au juge administratif d'ordonner des mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. Il revient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière requise par cet article est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.
5. Aux termes de l'article R. 1112-47 du code de la santé publique : " Les visiteurs ne doivent pas troubler le repos des malades ni gêner le fonctionnement des services. Lorsque cette obligation n'est pas respectée, l'expulsion du visiteur et l'interdiction de visite peuvent être décidées par le directeur. () ".
6. La décision en litige du 22 mai 2024, interdisant à Mme B de rendre visite à M. B au sein du service de soins médicaux et de réadaptation (SMR) de Carvin, est fondée, d'une part, sur la menace pour la santé et la sécurité du second que constituent le comportement et les agissements de la première. Pour justifier son appréciation, le directeur du groupe hospitalier a relevé que " malgré les explications apportées par l'équipe du SMR sur l'utilité des bas de contention, au regard de l'état de santé de M. B, Mme B persiste à les retirer, notamment les 9, 11 et 27 mars 2024 ", que " le 15 mai 2024, Mme B a été surprise à deux reprises en train de crier sur M. B ", que, le même jour, " M. B, en larmes, a confié à des aides-soignantes que Mme B l'avait giflé deux fois dans sa chambre ". Cette décision est fondée, d'autre part, sur la perturbation du fonctionnement du service par le comportement de Mme B, dès lors que " le 21 février 2024 et le 16 avril 2024, Mme B a apporté de l'alcool dans le service ", qu'elle " présente parfois des comportements insultants, agressifs et provocateurs vis-à-vis du personnel, notamment le 30 mars lorsque les membres de l'équipe lui ont rappelé les horaires de visite et le 15 mai lorsque l'infirmier lui a demandé de sortir de la chambre d'un autre patient où elle était entrée alors qu'il était en train de réaliser un soin ", et que " Mme B présentait un état d'ébriété apparent lors de sa visite du 16 mai dernier ".
7. Mme B conteste avoir giflé son époux et lui avoir rendu visite en état d'ébriété. Elle reconnaît cependant, en raison de la prise d'antidépresseurs, un " relatif état anormal ", et avoir eu " des échanges parfois tendus avec le service relativement aux modalités de prise en charge de son mari au regard de la surcharge de travail du personnel soignant ". Elle ne conteste pas sérieusement avoir retiré, à plusieurs occasions et malgré les explications fournies par le personnel soignant, les bas de contention prescrits à M. B, ni avoir crié sur lui, ni avoir apporté de l'alcool dans le service. Ce comportement trouble le repos de M. B et gêne le fonctionnement du service. Ainsi, d'une part, en l'absence, en l'état de l'instruction, de risque grave et immédiat d'aggravation de l'état de santé de M. B nécessitant que son épouse puisse aussitôt lui rendre visite, d'autre part, du caractère nécessairement limité dans le temps de l'interdiction en litige " jusqu'à ce que des faits nouveaux justifient une réévaluation de celle-ci ", ces faits pouvant résulter, soit du risque précité, soit de l'engagement sincère et avéré pris par Mme B de rendre désormais visite à son époux sans troubler son repos et sans gêner le fonctionnement du service, et, enfin, de l'intérêt public qui s'attache à ce que, dans l'immédiat, le fonctionnement du service ne soit pas gêné, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B, y compris ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B.
Une copie en sera adressée, pour information, groupe hospitalier Seclin-Carvin.
Fait à Lille, le 19 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé,
J. ROBBE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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