Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406056
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406056 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, M. B A, représenté par Me Dore, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour résultant d'un changement de statut, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à verser, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'une telle admission, à lui verser en application des seules dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1989 à Kindia (Guinée) est entré en France en 2016. Le 10 février 2022, il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle mention vie privée et familiale l'autorisant à travailler, valable jusqu'au 9 février 2024. M. A a déposé, le 24 novembre 2023, une demande de changement de statut tendant à la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié ". M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet a rejeté sa demande de changement de statut tendant à la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié ".
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-1 du même code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour établir l'urgence de sa demande introduite le 11 juin 2024, M. A fait principalement état qu'il s'est vu notifier, le 27 mai 2024, une décision de son employeur lui notifiant son licenciement au terme d'un préavis d'un mois et que cette décision est fondée sur la circonstance qu'il n'est pas en mesure de produire un titre de séjour en cours de validité. Il soutient que son licenciement implique qu'il ne percevra plus de ressources. Toutefois, il résulte de l'instruction que dès le 1er mars 2024, la validité du titre de séjour dont il bénéficiait expirant le 9 février 2024, M. A a été rendu destinataire d'un courrier de son employeur l'informant qu'il envisageait de rompre son contrat de travail sous un délai de huit jours et que le 2 mai 2024, il a fait l'objet d'une convocation à un entretien préalable au licenciement devant se tenir le 21 mai 2024. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'employeur de M. A n'a introduit une demande d'autorisation de travail que le 27 mars 2024. Par conséquent, compte tenu de la date d'entrée en vigueur de la décision implicite en litige, et de l'intervention de la décision de licenciement dès l'expiration du précédent titre du requérant, dont il a été informé des conséquences sur sa situation depuis au moins quatre mois, M. A n'établit pas l'urgence que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision par laquelle le préfet a rejeté sa demande de changement de statut tendant à la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " soit suspendue.
5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire que la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et qu'il y a lieu de rejeter la requête dans toutes ses conclusions en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Dore.
Fait à Lille, le 25 juin 2024.
La juge des référés,
Signé,
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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