Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406100
jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406100 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. E C, représenté par Me Barbry, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé son pays de destination et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour son conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de l'atteinte grave et manifestement illégale portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi que de l'imminence de son expulsion vers la Côte-d'Ivoire ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale en cause, en ce que le préfet du Pas-de-Calais, n'ayant pas tenu compte de l'évolution de sa situation personnelle et familiale postérieurement à la décision attaquée et en particulier de la circonstance qu'il est devenu père d'un enfant français et qu'il a formé, en cette qualité, une demande de titre de séjour, méconnaît désormais tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D, premier vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
2. M. C, ressortissant ivoirien né le 1er février 1993, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 septembre 2023 par lequel le préfet du Pas-de-Calais l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé son pays de destination et a pris à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
3. Si M. C soutient que l'exécution de la décision attaquée interviendrait en méconnaissance d'une circonstance postérieure à son édiction et constituée en l'espèce par la naissance, le 16 décembre 2023, du jeune A C, né de son union avec Mme B, ressortissante française, il ne résulte pas de l'instruction, et en particulier des pièces produites par l'intéressé, que M. C participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils. Dans ces conditions, l'exécution de l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 15 septembre 2023 n'est pas susceptible, dans les circonstances de l'espèce et en l'état de l'instruction, de porter une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et, en tout état de cause, à l'intérêt supérieur de son enfant.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle ni de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E C.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Pas-de-Calais.
Fait à Lille, le 20 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
Y. D
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2406100
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