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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406127

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406127

vendredi 21 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406127
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de modifier l'ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille en assortissant les mesures d'injonction d'une astreinte de deux cents euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- depuis l'ordonnance notifiée le 17 mai 2024, il n'est toujours pas en possession de son titre de séjour alors que le délai fixé à la préfecture est dépassé depuis le 1er juin 2024 et qu'aucune perspective de délai n'a été communiquée ;

- ces circonstances constituent des éléments nouveaux justifiant la modification de ladite ordonnance en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces, enregistrées le 18 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Fabre, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 juin 2024 à 10 h 30 :

- le rapport de M. Fabre, juge des référés ;

- les observations Me Normand, représentant M. A ;

- et les observations de Me Hacker, représentant le préfet du Nord.

A l'audience, Me Normand conclut, en substance, aux mêmes fins selon la même argumentation.

Me Hacker conclut au rejet de la requête, faisant valoir que l'augmentation du montant de l'astreinte n'est pas justifiée dans les circonstances de l'espèce.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État. () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

4. Lorsqu'une personne demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, d'assurer par de nouvelles injonctions et une astreinte l'exécution de mesures ordonnées par le juge des référés et demeurées sans effet, il appartient à cette personne de soumettre au juge des référés tout élément de nature à établir l'absence d'exécution, totale ou partielle, des mesures précédemment ordonnées et à l'administration, si la demande lui est communiquée en défense et si elle entend contester le défaut d'exécution, de produire tout élément en sens contraire, avant que le juge des référés se prononce au vu de cette instruction.

5. M. B A, né le 23 mars 1993 en Afghanistan, de nationalité afghane, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire par décision du directeur général de l'OFPRA en date du 11 juillet 2019 et, en cette qualité, a été rendu destinataire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 7 août 2023 et dont il a demandé le renouvellement. Il a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer la carte de séjour pluriannuelle dont il a demandé le renouvellement en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024, le juge des référés du tribunal de céans a enjoint au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour pluriannuel prévu à l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande au tribunal d'augmenter à la somme de deux cents euros le montant de l'astreinte, par jour de retard à l'expiration d'un délai de 24 heures, en faisant valoir que le délai fixé pour se voir délivrer la carte de séjour pluriannuelle par le juge des référés est dépassé, qu'il n'est toujours pas en possession de son titre de séjour et qu'aucune perspective de délai ne lui a été fixée.

6. Au vu des pièces du dossier, en particulier des pièces produites en défense, le préfet du Nord n'a pas délivré à M. A une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de quinze jours à compter du 17 mai 2024, date de notification du jugement au préfet du Nord. Il s'est, à ce stade, et après introduction de la présente requête, borné à transférer, informatiquement, le dossier de l'intéressé vers ses services, tout en continuant d'ailleurs à faire état d'une adresse à Melun qui n'est plus valide, M. A résidant à Lille, comme le préfet du Nord ne peut l'ignorer. Par ailleurs, aucune pièce ne permet d'établir que le préfet du Nord a pris les dispositions nécessaires pour délivrer le titre de séjour en cause à M. A et il ne ressort pas plus des pièces du dossier que le titre de séjour serait désormais en cours de fabrication. Dans ces conditions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de porter le montant de l'astreinte à la somme de 150 euros par jour de retard, à l'expiration d'un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Vergnole de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

ORDONNE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le montant de l'astreinte prononcée par ordonnance n° 2404792 du 16 mai 2024 est porté à 150 euros par jour de retard, à l'expiration d'un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vergnole, avocate de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet du Nord et à Me Vergnole.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Fait à Lille le 21 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

X. FABRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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