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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406133

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406133

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406133
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu la qualité de réfugié par une décision du 15 novembre 2023 ;

- il a sollicité la délivrance de la carte de résident qu'implique cette reconnaissance et a obtenu une attestation de prolongation d'instruction qui a expiré le 28 mai 2024 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence de délivrance de son titre de séjour le place dans une situation de grande précarité administrative et financière et que le droit d'asile est un droit constitutionnel ;

- l'absence de délivrance d'une carte de résident, en méconnaissance des articles L. 424-1, L. 424-1 et R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues à un étranger bénéficiant du statut de réfugié, et en particulier à son droit au travail et à sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juin 2024 à 8h30, Mme Leguin a :

- lu son rapport ;

- entendu les observations de Me Girsch, substituant Me Vergnole, représentant M. A, qui reprend les conclusions, moyens et faits de la requête et indique ne pas savoir si M. A a reçu notification de son attestation de prolongation d'instruction ;

- et constaté l'absence du préfet du Nord.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. " et aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1 et L. 521-2 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d'urgence caractérisée justifiant le prononcé de mesures de sauvegarde à très bref délai. Ces mesures doivent, en principe, présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte. Le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s'apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a déjà prises.

5. M. A s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 novembre 2023 notifiée le 21 novembre suivant. Il a alors sollicité la délivrance d'une carte de résident et une attestation de prolongation d'instruction lui a été remise le 29 novembre 2023, attestation valable jusqu'au 28 mai 2024. En cours d'instance, le préfet du Nord a remis à l'intéressé une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable du 14 juin au 13 septembre 2024, le dossier administratif de M. A indiquant que la préfecture se trouve en attente de la délivrance de l'état civil de l'intéressé par l'OFPRA. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de retenir l'existence d'une situation d'urgence caractérisée, justifiant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les 48 heures.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Vergnole et au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 20 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

AM. LEGUIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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