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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406147

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406147

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lille a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 12 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, suffisamment motivée, et qu'elle ne méconnaissait ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (notamment les articles L. 611-1 et L. 611-3), ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, y compris celles relatives à l'injonction et aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juin 2024 et le 7 novembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. G B, représenté par Me Bauduin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761 - 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une personne dont il n'est pas établi qu'elle était compétente pour ce faire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 412-1, L. 422-1, L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- il excipe, à l'encontre de cette décision, de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet du Nord a produit des pièces enregistrées le 20 juin 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 14 août 2024 à 12 h 00 par une ordonnance du 14 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. G B, né le 2 janvier 1998 en Algérie, de nationalité algérienne, est entré en France le 15 août 2014, sous couvert d'un visa de type " C " valable du 21 juillet 2014 au 16 janvier 2015 et l'autorisant à séjourner dans l'espace couvert par la convention d'application de l'accord de Schengen pour une durée n'excédant pas trente jours. Il a bénéficié d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " valable du 21 juillet 2017 au 20 juillet 2018, régulièrement renouvelé le 10 août 2018 et valable du 2 juillet 2018 au 1er juillet 2019. Par une demande en date du 25 juin 2019, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 29 septembre 2020, que le requérant n'a pas contesté, le préfet du Nord a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il a été interpelé par les services de police à Lille lors d'un contrôle d'identité le 11 juin 2024 démuni de tout document en cours de validité l'autorisant à séjourner sur le territoire français. Par un arrêté du 12 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée a été prise par Mme F E, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture du Nord, qui était compétente pour ce faire en vertu d'un arrêté du 5 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 97 de l'Etat dans le département du Nord. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision du 12 juin 2024 cite les dispositions législatives dont elle fait application, et en particulier les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait également état du fait que M. B ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et mentionne les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, justifiant, selon le préfet du Nord, qu'il soit décidé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre. La décision contestée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision contestée, qui est suffisamment motivée, que le préfet du Nord a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant avant de prendre la décision en litige.

5. En quatrième lieu, les moyens issus de la méconnaissance des dispositions des articles L. 412-1, L. 422-1, L.423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier la portée et, en tout état de cause, sont inopérants à l'encontre de la décision du 12 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français.

6. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui n'étaient plus en vigueur à la date de la décision contestée.

7. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. B, né le 2 janvier 1998, de nationalité algérienne, est entré en France en août 2014, à l'âge de 16 ans. Il déclare avoir été en concubinage de 2019 à 2022 avec Mme C D, de nationalité française. Le couple a eu un enfant, A B, né le 14 avril 2021, de nationalité française. Le requérant, afin de démontrer qu'il participe à l'entretien et l'éducation de son enfant, fait valoir cinq virements de 150 euros qu'il a versés à la mère de son enfant entre le 12 avril 2023 et le 8 décembre 2023 et le fait que son fils lui est rattaché en qualité d'ayant-droit par la sécurité sociale. Cependant, sans précision sur les liens qu'il entretient avec son enfant, ces seuls éléments ne permettent pas d'attester du fait que le requérant contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de l'enfant, alors qu'au demeurant la dernière preuve de versement d'une pension alimentaire est antérieure de plus de six mois à la date de l'arrêté litigieux. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 5 février 2018 à huit mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de " vol en réunion " et de " vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail " pour des faits commis le 3 février 2018, par le président du tribunal de grande instance de Dunkerque à 300 euros d'amende pour des faits de " vol " commis le 10 avril 2018, et par le président du tribunal de grande instance de Lille à 105 heures de travaux d'intérêt général à accomplir dans un délai d'un an et six mois pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ", pour des faits commis du 28 mars 2018 au 1er juillet 2018. Par ailleurs, si le requérant déclare qu'il a travaillé dans le cadre de missions d'intérim de 2016 à 2020 puis comme chauffeur-livreur à compter de 2020, il n'en apporte pas la preuve, et la version du contrat à durée indéterminée à temps plein qu'il aurait conclu avec la société l'As du convertible à compter du 1er décembre 2021, produite à l'instance, n'est pas signée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ne pourrait pas se réinsérer personnellement et professionnellement en Algérie, pays où il a vécu jusqu'à ses 16 ans et où demeurent encore au moins ses deux parents. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il y a lieu, pour les mêmes motifs, d'écarter également le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative par le requérant doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet du Nord.

Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

Le greffier,

Signé

A. DEWIÈRE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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