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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406201

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406201

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406201
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGNOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juin 2024, M. B A, représenté par Me Vergnole, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer la carte de résident qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié ou, à défaut, une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu la qualité de réfugié par une décision du 16 novembre 2023 ;

- il a sollicité la délivrance de la carte de résident qu'implique cette reconnaissance et a obtenu une attestation de prolongation d'instruction qui a expiré le 31 mai 2024 ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'absence de délivrance de son titre de séjour le place dans une situation de grande précarité administrative et financière et que le droit d'asile est un droit constitutionnel ;

- l'absence de délivrance d'une carte de résident, en méconnaissance des articles L. 424-1, L. 424-1 et R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues à un étranger bénéficiant du statut de réfugié, et en particulier à son droit au travail et à sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Leguin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 juin 2024 à 8h45, Mme Leguin a :

- lu son rapport ;

- entendu les observations de Me Girsch, substituant Me Vergnole, représentant M. A, qui reprend les conclusions, moyens et faits de la requête ;

- et constaté l'absence du préfet du Nord.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-2 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. / Les conditions dans lesquelles l'étranger est autorisé à séjourner en France dans l'attente de la délivrance de la carte de résident sont déterminées par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 424-1 de ce code : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile () ".

5. M. A s'est vu reconnaître le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 16 novembre 2023. Il a alors sollicité, le 1er décembre 2023, la délivrance d'une carte de résident et une attestation de prolongation d'instruction valable du 1er décembre 2023 au 31 mai 2024 lui a été remise. Depuis cette date, il est démuni de tout document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour et son contrat de travail a été suspendu à compter du 1er juin 2024. Le préfet n'établit ni même n'allègue que M. A n'aurait pas transmis les pièces nécessaires à la délivrance de la carte de résident qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir une situation d'urgence caractérisée, au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Le préfet du Nord, en ne délivrant pas à M. A la carte de résident à laquelle il peut prétendre ou, à tout le moins, une attestation de prolongation d'instruction de sa demande lui permettant de justifier de la régularité de son séjour, a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales reconnues aux étrangers en situation régulière, en particulier à sa liberté d'aller et venir.

En ce qui concerne la mesure de sauvegarde à ordonner :

7. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 précité et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer à M. A, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, une attestation de prolongation d'instruction, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le requérant est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions ci-dessus reproduites des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vergnole, conseil de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vergnole de la somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à M. A, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, une attestation de prolongation d'instruction.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vergnole renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, celui-ci versera à Me Vergnole la somme de huit cents (800) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Vergnole, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 20 juin 2024.

La juge des référés,

Signé

AM. LEGUIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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