Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406207
vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406207 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 et 18 juin 2024, M. C B G demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a décidé de le remettre aux autorités bulgares, sous réserve d'accord de leur part, et lui a fait interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de verser aux débats l'ensemble de la procédure judiciaire en ce compris les procès-verbaux d'interpellation, d'audition et de garde-à-vue s'il y a lieu.
M. B G soutient que :
En ce qui concerne la décision de remise :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de base légale dès lors que le préfet aurait dû se fonder non sur les dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais sur les dispositions de l'article L 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant titulaire d'un titre de résident de longue durée-UE ;
- elle méconnaît le principe de libre circulation garanti par les articles 5 et 21 de la convention d'application de l'accord Schengen et les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de circulation :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale dès lors qu'elle a été prise sur le fondement d'une décision de remise elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est fondé, à tort, pour prendre la décision attaquée, sur les dispositions de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il aurait dû se fonder sur les dispositions de l'article L. 622-2 du même code, étant détenteur d'une carte de résident en cours de validité accordé par les autorités bulgares ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais qui n'a pas produit de mémoire mais a communiqué des pièces enregistrées le 17 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 et modifiée par le règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 abrogeant le règlement (CE) n° 562/2006 établissant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Babski en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Babski, magistrat désigné ;
- les observations de Me Lhoni, représentant M. B G, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et demande également d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à lui verser en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L.761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat ; M. B G, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue arabe, répondant aux questions du tribunal ;
- - les observations de M. E, représentant le préfet du Pas-de-Calais, qui conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;Les observations de M. B G, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue arabe, répondant aux questions du tribunal.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B G, ressortissant syrien, né le 13 mars 2004 à Rekka (Syrie), déclare être arrivé en France par le bus, le 11 juin 2024, à Calais. L'intéressé a fait l'objet, le même jour, d'un contrôle par les services de police. Le préfet du Pas-de-Calais a alors, par un arrêté du 12 juin 2024, décidé de remettre l'intéressé aux autorités bulgares, sous réserve d'accord de leur part et a prononcé, à son encontre, une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B G demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, modifiée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les moyens communs aux deux décisions attaquées :
4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 octobre 2023, publié le lendemain au recueil spécial n° 140 des actes administratifs des services de l'Etat dans le département, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation, à M. D F, chef du bureau de l'éloignement, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
5. En second lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances de fait de l'espèce, énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il vise notamment l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Bulgarie relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière du 29 mai 1996 et, notamment les articles L. 622-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite, en particulier, les articles L. 311-1, L. 621-1 et L. 621-2 du même code. L'arrêté décrit également les conditions d'entrée et de séjour de M. B G sur le territoire français et témoigne de la prise en compte des critères prévus à l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des deux décisions attaquées ne serait être accueilli.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant remise aux autorités bulgares :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L.621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / () ) ; / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; / () ". A cet égard, l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger dont le séjour ne présente pas un caractère familial ou privé présente selon les cas : / 1° Pour un séjour touristique, tout document de nature à établir l'objet et les conditions de ce séjour, notamment sa durée () ". Aux termes de l'article R. 313-2 du même code : " Afin de justifier qu'il possède les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour, l'étranger qui sollicite son admission en France peut notamment présenter des espèces, des chèques de voyage, des chèques certifiés, des cartes de paiement à usage international ou des lettres de crédit. / La validité des justificatifs énumérés au premier alinéa est appréciée compte tenu des déclarations de l'intéressé relatives à la durée et à l'objet de son séjour ainsi que des pièces produites à l'appui de ces déclarations et, le cas échéant, de la durée de validité du visa ". En outre, aux termes de l'article R. 313-3 de ce code : " () / Le contrat d'assurance souscrit par l'étranger ou par l'hébergeant pour le compte de celui-ci doit couvrir, à hauteur d'un montant minimum fixé à 30 000 euros, l'ensemble des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, susceptibles d'être engagées pendant toute la durée du séjour en France ". Enfin, aux termes de l'article R. 313-4 dudit code : " Les garanties de rapatriement doivent permettre à l'étranger qui pénètre en France d'assumer les frais afférents à son retour du lieu, situé sur le territoire métropolitain (), où il a l'intention de se rendre, jusqu'au pays de sa résidence habituelle. / () L'étranger doit être en possession des documents relatifs aux garanties de son rapatriement pendant la durée de son séjour. () " et aux termes de l'article R. 313- 5 de ce code : " Sont notamment considérés comme des documents relatifs aux garanties de rapatriement : / 1° Les titres de transport maritime, ferroviaire, routier ou aérien valables pour revenir dans le pays de résidence habituelle et dont le porteur veille à maintenir la validité jusqu'à la date de son départ ; / 2° Les attestations d'établissements bancaires situés en France ou à l'étranger garantissant le rapatriement de l'intéressé au cas où celui-ci ne serait pas en mesure d'en assumer lui-même les frais, accompagnées le cas échéant d'une traduction en français ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article 21 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990 et modifiée en dernier lieu par l'article 2 du règlement (UE) n° 610/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des Parties Contractantes peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pour une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours sur le territoire des autres Parties Contractantes, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a), c) et e), du règlement (CE) n° 562/2006 du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 établissant un code communautaire relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 qui reprend les dispositions de l'article 5 du règlement (CE) n° 562/2006 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes : a) être en possession d'un document de voyage en cours de validité autorisant son titulaire à franchir la frontière qui remplisse les critères suivants : i) sa durée de validité est supérieure d'au moins trois mois à la date à laquelle le demandeur a prévu de quitter le territoire des États membres. Toutefois, en cas d'urgence dûment justifiée, il peut être dérogé à cette obligation ; ii) il a été délivré depuis moins de dix ans ; () / c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; / () ".
8. Il résulte de ces stipulations et dispositions que si, en vertu des stipulations de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985, signée à Schengen le 19 juin 1990, les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par une des parties contractantes peuvent, sous couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage, ces documents étant en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois sur le territoire des autres parties contractantes, ils n'en restent pas moins assujettis aux autres conditions d'entrée prévues par cette convention, le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ainsi que par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de la décision attaquée que, pour prendre la décision de remise litigieuse à l'encontre de M. B G, qui justifiait uniquement être en possession d'un passeport délivré par les autorités bulgares, le 17 mai 2024 valable jusqu'au 20 mars 2027, le préfet du Pas-de-Calais a estimé que celui-ci était entré irrégulièrement en France dès lors qu'il ne pouvait justifier ni du motif de son séjour dans les conditions prévues à l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de l'attestation de prise en charge des dépenses de santé à hauteur du montant minimum fixé à 30 000 euros mentionnée à l'article R. 313-3 du même code et des garanties de rapatriement indiquées aux articles R. 313-4 et R. 313-5 de ce code et que, par suite, il ne remplissait pas les conditions énoncées à l'article 5 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 et au 2° de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ses écritures, M. B G soutient qu'il est entré en France depuis quelques jours, est hébergé chez un ami, possède un passeport bulgare, une carte de résident bulgare, de l'argent et un billet de retour à destination de la Bulgarie, l'ensemble se trouvant chez un ami. Toutefois, pour en justifier, l'intéressé n'a produit que la copie d'une carte de protection subsidiaire délivrée le 17 mai 2024 par les autorités bulgares et le récépissé de remise de son passeport bulgare et s'il ressort de son audition par les services de police le 11 juin 2024, qu'il est entré en France très récemment et qu'il a évoqué l'Angleterre comme destination pour se faire soigner, il a déclaré devant le juge judiciaire vouloir aller aux Pays-Bas et, à la barre, être " venu en France avec un copain pour faire du tourisme ". Par suite, ne justifiant ni de l'existence de garanties financières et de rapatriement ni de l'attestation de prise en charge de ses dépenses de santé, conditions qu'il avait d'ailleurs indiqué ne pas remplir lors de cette même audition, M. B G n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais aurait méconnu le principe de libre circulation garanti par les stipulations précitées de la convention d'application de l'accord Schengen et les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. ".
11. En l'espèce, M. B G soutient que lui étaient applicables non les dispositions de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 6 du présent jugement mais les dispositions précitées de l'article L. 621-4 du même code dès lors qu'il était détenteur d'un titre de résident longue durée - UE. Toutefois, il résulte de la copie du titre de séjour dont fait état le requérant, qu'il avait, au demeurant, déclaré perdu lors de son audition par les services de police, que l'intéressé dispose d'un titre de séjour au titre de la protection subsidiaire, valable du 17 mai 2024 au 20 mars 2027, mais ne possède pas de " titre résident de longue durée - UE " au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de base légale ne peut être accueillie.
12. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision portant remise aux autorités bulgares est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " et que le préfet méconnaît sa situation personnelle, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. Si M. B G soutient qu'il ne veut pas rentrer en Bulgarie car il encourt six mois de prison en cas de retour sur le territoire bulgare, étant donné qu'il n'était pas autorisé à en sortir, il n'apporte aucun élément permettant d'établir cette allégation. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Pas-de-Calais, en le remettant aux autorités bulgares, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
15. En premier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités bulgares ne peut qu'être écarté.
16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 622-2 du même code : " L'interdiction de circulation sur le territoire français ne peut assortir la décision de remise prise dans les cas prévus aux articles L. 621-4, L. 621-5, L. 621-6 et L. 621-7 que lorsque le séjour en France de l'étranger constitue un abus de droit ou si le comportement personnel de l'étranger représente, au regard de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. ". Aux termes de l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
17. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Pas-de-Calais s'est fondé sur les dispositions précitées des articles L. 622-1 et L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour estimer que la décision de remise qu'il a prise sur le fondement des article l. 621-1 et L. 621-2 du même code, pouvait être assorti d'une interdiction de circulation à l'encontre du requérant, en considérant, sans être contredit par ce dernier, que, compte tenu des conditions de son entrée et de son séjour en France où il ne séjournait que depuis une journée, de l'absence de liens privés et familiaux dans ce pays, de la circonstance qu'il n'est pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement précédente et en l'absence d'une menace pour l'ordre public que représentait sa présence sur le territoire national, il convenait de fixer sa durée à un an. Or, comme exposé aux points 10 et 11 du présent jugement, M. B G, ne possédant pas de " titre résident de longue durée - UE ", ne relevait pas des dispositions de l'article L. 612-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le préfet du Pas-de-Calais n'a pas commis d'erreur de droit en faisant application non des dispositions de l'article L. 622-2 du code précité, lesquels sont applicables lorsque la décision de remise est prise notamment en application de l'article L. 621-4 de ce code mais, comme il y a procédé, des dispositions des articles L. 622-1 et L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, applicables à la situation de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
18. En dernier lieu, si M. B G soutient que la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une " erreur manifeste d'appréciation " et que le préfet méconnaît sa situation personnelle, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
19. Il résulte de tout de ce qui précède, que M. B G n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné sa remise aux autorités bulgares et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B G est admis au bénéfice à l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B G et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 21 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
D. BABSKI
La greffière,
signé
L. CAMAU
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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