Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406210
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 24 juin 2024, M. B D demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions du 4) de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des disposition des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne présente pas de risque de fuite ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est entachée d'une " erreur d'appréciation " ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle ne lui a pas été notifiée dans une langue qu'il comprend ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant :
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne relatif aux conditions de circulation, d'emploi et de séjour des ressortissants algériens et de leurs familles modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Varenne en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Varenne, magistrate désignée ;
- les observations de Me Goeminne, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les observations de M. D, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue arabe, qui répond aux questions posées par le tribunal.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 6 octobre 1989 à Sig (Algérie), demande l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 4 avril 2024, publié le lendemain au recueil n° 2024-126 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées n'auraient pas été notifiées au requérant dans une langue qu'il comprend doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / () ".
5. En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet du Nord n'avait pas à viser l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui ne régit que le droit au séjour des ressortissants algériens et non leur éloignement du territoire français. La motivation de la décision en litige atteste, en outre, que le préfet, qui mentionne que le requérant " ne justifie pas se trouver dans l'un des cas dans lesquels un étranger ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ", a procédé à la vérification du droit au séjour de l'intéressé avant d'édicter à son encontre une mesure d'éloignement. Il ressort de la motivation de la décision en litige que, pour procéder à cette vérification, le préfet du Nord a notamment tenu compte de la durée de présence en France de M. D, de la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et de l'existence de considérations humanitaires, critères qu'il a appréciés au regard des éléments dont il disposait à la date de la décision en cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ". Indépendamment du cas prévu par ce dernier article, l'autorité administrative ne saurait légalement obliger un ressortissant étranger à quitter le territoire français que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français
7. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; () ".
8. En l'espèce, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet du Nord n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D. Ainsi qu'il a été énoncé au point 5 du présent jugement, il a, en particulier, vérifié si ce dernier pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit et, par suite, nécessairement examiné s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations précitées du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Contrairement à ce qu'il soutient, M. D ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de ces stipulations. A cet égard, si l'intéressé soutient être le père de deux enfants de nationalité française, un garçon né à Calais le 10 novembre 2022 et une fille qui serait née le 15 mai 2024, il se borne à fournir l'acte de naissance de son fils qu'il a reconnu plusieurs mois après sa naissance, le 31 août 2023. Par suite, seul ce lien de filiation peut être établi. Dès lors que M. D a reconnu son fils plus de huit mois après sa naissance, il doit, pour se prévaloir des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien, démontrer contribuer à l'éducation et à l'entretien de ce dernier depuis sa naissance ou depuis au moins un an. Or, en se bornant à fournir des tickets de caisse épars et non nominatifs relatifs à des achats de produits de puériculture, il ne démontre pas la réalité de cette contribution. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il s'est séparé de la mère de son enfant avant même la naissance de ce dernier et qu'il n'entretient avec ce dernier que des liens distendus. Pour l'ensemble de ces raisons, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation personnelle de l'intéressé et, en particulier, son droit au séjour en qualité de parent d'un enfant français, doit être écarté. Il y a également lieu, pour les mêmes motifs, d'écarter le moyen tiré de la violation des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
9. En troisième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () " et aux termes de l'article 9 de cette même convention : " Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France pour la première fois de façon irrégulière au cours de l'année 2020. Il a sollicité, le 28 octobre 2020, le bénéfice d'une protection internationale. Toutefois, le résultat de la comparaison de ses empreintes décadactylaires avec les données du fichier Eurodac ayant révélé que ses empreintes avaient été enregistrées en Espagne le 14 septembre 2020, le préfet du Nord a pris à son encontre un arrêté de transfert aux autorités espagnoles. L'intéressé a été transféré en Espagne le 2 septembre 2021. Il est ensuite revenu en France au cours de l'année 2022 et a été mis à même de déposer une demande d'asile en France, ce qu'il n'a cependant pas fait. Il n'est pas contesté qu'il réside de façon continue sur le territoire français depuis sa dernière entrée en France. S'il démontre avoir entamé des démarches pour déposer une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, il n'établit pas, en revanche, l'avoir effectivement déposée et a d'ailleurs fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 octobre 2022 par le préfet du Nord à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point 8, M. D démontre seulement être le père d'un seul enfant français avec lequel il n'est pas établi qu'il entretiendrait des liens stables et intenses de sorte que la décision attaquée ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de cet enfant. Si le requérant justifie par ailleurs que deux de ses frères résident régulièrement en France, les pièces versées aux débats sont insuffisantes pour démontrer qu'il entretiendrait avec ces derniers des liens particulièrement forts. A cet égard, l'attestation d'hébergement qu'il verse aux débats, dont il ressort qu'il serait hébergé par l'un de ses frères, est dépourvue de valeur probante dès lors qu'il a déclaré vivre à une autre adresse dans le cadre de sa garde-à-vue pour des faits de recel de vol de téléphone, laquelle a précédé l'édiction de la décision en cause. M. D n'établit pas, de plus, être particulièrement inséré dans la société française où il est défavorablement connu des services de police pour, entre autres, des faits de recel, de violences conjugales et d'usage illicite de stupéfiants dont il ne conteste pas être l'auteur. Enfin, il n'est ni démontré, ni même allégué, que le requérant ne pourrait se réinsérer socialement et professionnellement en Algérie où il a vécu la majeure partie de son existence. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Il y a lieu également, pour les mêmes motifs, d'écarter le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, le préfet du Nord énonce avec suffisamment de précision les considérations de fait et de droit sur lesquelles il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ( ) ".
15. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour refuser à M. D l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord s'est fondé sur les dispositions des 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. M. D, qui a déclaré lors de son audition par les services de police le 13 juin 2024, ne pas accepter le principe d'une mesure d'éloignement et a indiqué qu'il reviendrait sur le territoire français s'il venait à être éloigné à destination de son pays d'origine ne peut être regardé comme ayant, par ces déclarations, manifesté son intention explicite de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre. En revanche, il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et s'est soustrait à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 10 octobre 2022. Il résulte de l'instruction que le préfet du Nord aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ces deux derniers motifs. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
18. En deuxième lieu, si M. D soutient que la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une " erreur d'appréciation ", il n'assortit ses moyens d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
19. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a fixé son pays de destination.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
21. Ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. D est père d'un enfant français né le 10 novembre 2022 qu'il a reconnu. Si, ainsi qu'il a été dit, il n'est pas établi que le requérant participe à son entretien et à son éducation et qu'il entretiendrait avec celui-ci des liens intenses, les pièces versées aux débats ainsi que les déclarations du requérant lors de l'audience au cours de laquelle ce dernier a déclaré, sans être contredit, voir son fils environ deux fois par mois, permettent d'établir qu'il n'a pas rompu tout lien avec son enfant et que s'il rencontre des difficultés pour voir ce dernier régulièrement, ces dernières sont liés aux rapports conflictuels qu'il entretient avec la mère de son fils. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, le préfet du Nord, en interdisant à M. D de revenir sur le territoire français pour une durée d'une année a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
22. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
24. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de M. D à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
25. M. D n'a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle ni directement ni par l'entremise de son conseil. Par suite, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a interdit à M. D de revenir sur le territoire français pour une durée d'une année est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Aurélie Goeminne et au préfet du Nord.
Lu en audience publique le 25 juin 2024.
La magistrate désignée
signé
M. VARENNE
La greffière,
signé
L. CAMAU
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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