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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406244

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406244

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Danset-Vergoten, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de renouveler son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ou, subsidiairement, d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient :

-sur l'urgence, que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite s'agissant d'un refus de renouvellement d'un titre de séjour ;

-sur le doute sérieux, que :

- la décision implicite contestée est entachée d'un défaut de motivation, la demande de communication des motifs étant restée sans réponse ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

-elle méconnaît l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à cet égard, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle est la mère de deux enfants mineurs de nationalité française, et qu'elle contribue à leur entretien et à leur éducation ;

-elle méconnaît l'article L.423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à cet égard, dès lors qu'elle est titulaire depuis au moins trois ans d'une carte de séjour pluriannuelle, et qu'elle continue à remplir les conditions prévues pour son obtention ;

- elle méconnaît l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle est présente en France depuis dix ans, où résident ses deux enfants et où elle a transféré ses intérêts privés et familiaux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, ses deux enfants de nationalité française, régulièrement scolarisés, n'ayant jamais vécu au Maroc.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui a produit des pièces, enregistrées le 29 juin 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 juin 2024 sous le numéro 2406244 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 1er juillet 2024 à 10h15, en présence de Mme Blanc, greffière, Mme Féménia, juge des référés, a lu son rapport et entendu les observations de Me Rimetz, substituant Me Danset-Vergoten, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'un récépissé a été délivré à la requérante le 16 septembre 2024 de sorte que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, qui déclare être entrée en France le 1er mai 2014,

s'est mariée avec un ressortissant français le 6 février 2014 dont elle est séparée depuis 2017. De cette union sont nés deux enfants, le premier en 2015 et le second en 2017, tous deux de nationalité française. A ce titre, Mme A a été munie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 8 juin 2020 au 7 juin 2022, dont elle a sollicité le renouvellement le 30 mai 2022. Elle a été munie de plusieurs récépissés, et en dernier lieu d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 28 mars 2024 au 27 juin 2024. Le 18 avril 2024, son conseil a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de refus de renouvellement de carte de séjour née du silence gardé par l'administration sur sa demande présentée le 30 mai 2022. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()".

En ce qui concerne l'urgence :

4. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. En l'espèce, le refus opposé l'a été à une demande portant sur le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " détenue par Mme A en sa qualité de parent d'enfant français. La circonstance que, postérieurement à l'introduction de la requête, un récépissé de demande de titre de séjour valable du 17 juin 2024 au 16 septembre 2024 a été remis à la requérante n'est pas de nature à faire échec, à elle seule, à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux sur la légalité de la décision en litige :

6. Il ne résulte pas de l'instruction que le dossier de demande de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle présenté par Mme A aurait été incomplet. Par suite, et en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, et du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de Mme A sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de renouveler à Mme A un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfants français, jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête tendant à son annulation

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord réexamine la situation de Mme A. Il y a, par suite lieu, d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu'il y ait toutefois lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a par ailleurs pas non plus lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant le requérant à travailler, cette dernière étant titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour en cours de validité.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Danset-Vergoten, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé à Mme A le renouvellement de son titre de séjour est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de Mme A et d'édicter une décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Danset-Vergoten, avocate de Mme A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera transmise, pour information, au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 26 juillet 2024.

La juge des référés,

signé

J. FEMENIA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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