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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406271

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406271

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406271
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, M. A B, représenté par Me Girsch, demande au juge des référés :

1°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de deux jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 20 juillet 1996, est entré en France le 10 juin 2023 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français, valable du 9 juin 2023 au 8 juin 2024. Par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 28 mars 2024 par les services de la préfecture du Nord, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Il appartient au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée.

4. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ". Aux termes de l'article R. 431-16 de ce code : " Sont dispensés de souscrire une demande de carte de séjour : () 6° Les étrangers, conjoints de ressortissants français, séjournant en France sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois et portant la mention " vie privée et familiale ", délivré en application de l'article L. 312-3 pendant un an () ". Aux termes de l'article R. 431-18 : " Les étrangers mentionnés aux 6° à 11° et 13° à 18° de l'article R. 431-16 qui souhaitent se maintenir en France au-delà des limites de durée mentionnées au même article sollicitent une carte de séjour temporaire ou une carte de séjour pluriannuelle dans les conditions fixées au 1° de l'article R. 431-5. () La demande est instruite conformément à l'article R. 433-1 et, selon les cas, suivant les conditions spécifiques définies au titre II () ".

5. L'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux demandes de renouvellement d'une carte de séjour temporaire présentées par un étranger déjà admis à résider en France. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que lorsqu'un étranger, admis à résider en France sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, sollicite, dans les délais requis, la délivrance d'un titre de séjour portant la même mention et au titre de la même qualité que celle du visa de long séjour, il appartient à l'autorité administrative d'instruire cette demande comme une demande de renouvellement d'un premier titre de séjour.

6. En l'espèce, ainsi qu'il a été indiqué au point 1, M. B est entré en France le 10 juin 2023 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de conjoint de français, valable du 9 juin 2023 au 8 juin 2024, lui conférant à ce titre les droits attachés à une carte de séjour temporaire, en application des dispositions susmentionnées au point 4. Le présent litige concernant une demande de M. B tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'enfant français, et non en qualité de conjoint de français, consécutivement à l'expiration de ce visa de long séjour, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve par conséquent pas à s'appliquer.

7. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon lui, à ordonner au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour, M. B soutient que l'inertie de l'administration le place dans une situation telle qu'il ne peut exercer d'activité professionnelle, de sorte que, privé de revenus, il ne peut subvenir à ses besoins ainsi qu'à ceux de son fils mineur dont il assume seul la charge. Toutefois, d'une part, en se bornant à produire une synthèse de son échange avec un conseiller France Travail en date du 12 mars 2024 ainsi qu'une confirmation de rendez-vous pour un atelier intitulé " Concevoir un CV percutant ", M. B n'établit pas que l'absence de récépissé de sa demande de titre de séjour le priverait de la possibilité de concrétiser, à brève échéance, une perspective de recrutement. D'autre part, et en tout état de cause, la seule production d'une déclaration de main courante, de même que la présentation de factures diverses, ne sauraient suffire, à elles seules, à établir que le requérant aurait la garde exclusive de son enfant.

8. En outre, M. B fait valoir, toujours au titre de l'urgence, qu'en l'absence de document lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français, il est placé en situation irrégulière sur le territoire français et ne percevra aucune aide sociale pour le mois de juin, notamment de la part de la caisse d'allocations familiales et de France Travail. Cependant, cette situation n'est pas distincte de celles d'autres étrangers sans document de séjour et ne permet pas, en l'absence de circonstances particulières propres à l'intéressé, l'intéressé n'établissant pas subvenir, seul, aux besoins de son enfant ainsi qu'il vient d'être indiqué au point précédent, à caractériser la nécessité pour lui de bénéficier dans des délais brefs d'une mesure provisoire. Au surplus, en se bornant à produire un courriel de France Travail, lequel se contente d'informer le requérant que, en l'absence de titre de séjour valide, il ne bénéficiera plus d'allocations, sans en préciser la nature ou le montant, ainsi qu'une capture d'écran anonyme de l'application de la caisse d'allocations familiales, M. B n'apporte à l'appui de ses allégations aucune justification suffisante permettant de caractériser l'existence, non plus que l'étendue de la situation de précarité financière dont il se prévaut. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.

Fait à Lille, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

J. ROBBE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2405310

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