mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406370 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024, Mme D A, représentée par Me Gommeaux, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande tendant à la délivrance d'une carte de résident en qualité de membre de la famille d'un réfugié ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Vu :
- la copie de la requête à fin de suspension de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante tchadienne née le 28 mai 2003, est entrée en France le 25 juillet 2022 sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable du 15 juillet 2022 au 14 octobre 2023. Elle est, depuis le 3 décembre 2022, mariée à M. B C, ressortissant étranger reconnu réfugié. Par un dossier envoyé par voie postale et reçu le 12 février 2024 par les services de la préfecture du Nord, Mme A a sollicité, en sa qualité de membre de la famille d'un réfugié, la délivrance d'une carte de résident, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Nord sur cette demande.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ". Enfin, en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. Pour l'application des dispositions ci-dessus reproduites de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. La décision en litige statuant sur une première demande tendant à la délivrance d'une carte de résident en qualité de membre de la famille d'un réfugié présentée par Mme A, la présomption d'urgence mentionnée au point précédent ne trouve pas à s'appliquer.
5. Pour justifier l'urgence qui s'attache, selon elle, à suspendre l'exécution de la décision en litige, Mme A rappelle que son époux a obtenu le statut de réfugié. Cependant, cette circonstance ne peut suffire pour caractériser une situation d'urgence au sens des principes rappelés au point précédent. Il en va de même, d'une part, de la circonstance que l'intéressée pourrait prétendre à la délivrance de plein droit d'une carte de résident en sa qualité de conjointe d'un étranger reconnu réfugié, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant distincte du point de savoir si les moyens invoqués sont propres à faire naître, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, et, d'autre part, du risque pour l'intéressée de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, eu égard à l'existence d'une procédure de recours à caractère suspensif organisée par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre une telle mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre.
6. Par ailleurs, Mme A fait valoir, toujours au titre de l'urgence, que la décision litigieuse fait obstacle à ce qu'elle puisse exercer une activité professionnelle, de sorte que, privée de revenus, elle ne peut subvenir aux besoins de sa famille, alors au demeurant qu'elle doit assumer la charge de sa fille âgée de huit mois, que son conjoint ne perçoit qu'une rémunération mensuelle nette de 500 euros et que son couple fait actuellement état d'une dette globale de 4 182,97 euros auprès d'organismes divers. Toutefois, d'une part, l'intéressée n'établit ni même n'allègue que le refus de séjour en litige la priverait de la possibilité de concrétiser, à très brève échéance, une perspective de recrutement. D'autre part, et en tout état de cause, en se bornant à produire deux notifications de trop-perçu respectivement en date du 21 février 2023 et 29 février 2024, antérieurs à la décision en litige, des factures diverses ainsi que deux captures d'écran faisant respectivement apparaitre une mise en demeure de payer une somme de 2 114,76 euros avant le 25 février 2024 au titre d'une formation suivie par M. B C et un capital restant dû de 1 452,70 euros au titre d'un prêt personnel études, Mme A n'apporte à l'appui de ses allégations aucune justification suffisante permettant de caractériser l'existence d'une situation de précarité financière qui découlerait de l'exécution de la décision litigieuse.
7. Enfin, si Mme A soutient, encore au titre de l'urgence, qu'en dépit de nombreuses relances opérées auprès des services de la préfecture du Nord, elle n'a jamais reçu de réponse à sa demande de titre de séjour, cette circonstance ne saurait caractériser, par elle-même, l'existence d'une situation d'urgence, dès lors que cette condition s'apprécie uniquement au regard des effets de la décision attaquée, et non des conditions de naissance de celle-ci. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête, y compris les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et celles tendant au versement d'une somme au titre des frais du procès, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 6 août 2024.
Le juge des référés,
signé
J. ROBBE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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