Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406496
mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406496 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juin 2024, M. B A, représenté par la Selafa Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à la préfecture du Nord de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, à compter du 14 juin 2024 ;
2°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de deux cents euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- du fait du silence gardé par l'administration sur sa demande de renouvellement d'attestation de prolongation d'instruction, il se trouve dans l'impossibilité de présenter un document justifiant de la régularité de son séjour sur le territoire français ;
- l'absence d'attestation de prolongation d'instruction porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et financière pour que la condition d'urgence soit considérée comme satisfaite pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- l'absence d'attestation de prolongation d'instruction, en méconnaissance de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales, que constituent la liberté d'aller et venir, la liberté de mener une vie privée et familiale et son droit au travail.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, né le 4 août 1988 en Yougoslavie, de nationalité kosovare, est marié à une ressortissante française. De leur relation sont nés trois enfants, de nationalité française également, nés respectivement les 14 avril 2012, 17 avril 2014 et 31 octobre 2016. M. A est bénéficiaire de la protection subsidiaire. A ce titre, il a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle l'autorisant à travailler, valable du 9 mai 2019 au 8 mai 2023. Le 3 mars 2023, il en a sollicité le renouvellement. Il ne s'est pas vu délivrer le titre de séjour sollicité mais a obtenu plusieurs attestations de prolongation d'instruction. La dernière a expiré le 13 juin 2024 et l'intéressé n'a pas réussi à en obtenir une nouvelle. Par la requête dont le tribunal est saisi, M. A demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit ordonné au préfet du Nord, sous astreinte, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre de séjour, valable à compter du 14 juin 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Si le requérant soutient qu'il ne peut plus travailler dès lors que France Travail a décidé de cesser son inscription au motif de l'échéance de son titre de séjour, il ressort toutefois de ses propres écritures qu'il avait perdu son emploi courant 2022 et ne justifie pas avoir occupé d'autre emploi depuis lors. S'il fait valoir qu'il ne peut plus percevoir d'aides sociales et qu'il ne perçoit aucune ressource financière, il ne justifie pas avoir antérieurement perçu des aides sociales et pas plus d'ailleurs avoir été bénéficiaire de l'allocation de retour à l'emploi ces derniers mois. Sa situation de précarité financière n'est pas plus établie par les seules pièces produites alors qu'il ne fait état d'aucun élément concernant les ressources propres de son épouse de nationalité française. Enfin, la seule circonstance qu'il se trouve actuellement en France dépourvu d'autorisation de séjour n'est pas, à elle seule, de nature à caractériser une urgence justifiant que le juge des référés se prononce dans les quarante-huit heures.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter la requête de M. A selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet du Nord.
Copie en sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Fait à Lille le 26 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
X. FABRE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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