Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406668

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 26 juin 2024 et le 11 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Girsch, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 28 mai 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition relative à l'urgence est présumée remplie, eu égard à la nature de la décision attaquée de refus de renouvellement de son titre de séjour ; en outre, la décision attaquée le place dans une situation de précarité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors que :

* le préfet ne lui a pas communiqué les motifs de ses décisions implicites ;

* l'autorité préfectorale n'a pas procédé à l'examen sérieux et particulier de sa situation ;

* les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit, dès lors qu'il remplit les conditions posées aux articles L. 423-1, L. 423-2, L. 423-7 et L. 424-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elles portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées et communiquées à la partie adverse.

Vu :

- la décision dont la suspension est demandée et la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Christian, premier conseiller, pour statuer

sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 à 14h45, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de M. Christian, juge des référés,

- les observations de Me Normand, substituant Me Girsch, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et qui a été mise à même de prendre connaissance des pièces enregistrées le 12 juillet 2024 à 14h34 ; il est en outre indiqué que la condamnation dont a fait l'objet le requérant pour des faits commis en 2019 n'a pas été suivie de récidive ;

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. A, ressortissant marocain, né le 1er septembre 1983, a sollicité, le 21 octobre 2021, la délivrance d'une carte de résident valable dix ans portant la mention " vie privée et familiale ". Par sa requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer une carte de résident.

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée.

4. A l'appui de sa demande de référé, M. A, qui ne peut se prévaloir d'une présomption d'urgence, dès lors que la décision attaquée de refus d'une carte de résident valable dix ans statue sur une première demande de titre de séjour présentée sur ce fondement, fait valoir que la décision de refus de séjour du 28 mai 2024 le place dans une situation de précarité administrative et financière ainsi que dans une situation irrégulière au regard de son droit au séjour. Toutefois, de telles circonstances ne constituent pas une situation particulière, distincte de celles d'autres demandeurs de titre de séjour, de nature à caractériser la nécessité, pour lui, de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant au fond sur la légalité de la décision litigieuse. En outre, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet du Nord s'est fondé sur la condamnation dont a fait l'objet le requérant, le 3 octobre 2019, par le tribunal de grande instance de Valenciennes pour des faits de violence conjugale d'une particulière gravité, commis le 28 mai 2019. Dans ces conditions, eu égard en particulier à l'objectif de prévention des atteintes à l'ordre public poursuivi par la décision en litige, lequel constitue un objectif d'intérêt public, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être tenue pour satisfaite.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la seconde condition prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision du 28 mai 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Lille, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. CHRISTIAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2406668