Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406694
mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, le préfet du Nord demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion sans délai de M. A du logement mis à sa disposition par le HUDA ADOMA de Douai ;
2°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du centre pour débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, à défaut pour l'occupant irrégulier de les avoir emportés.
Il soutient que :
- M. A s'est vu attribuer, à compter du 20 juillet 2020, un logement mis à sa disposition par le HUDA ADOMA de Douai au 642 boulevard Albert 1er ;
- l'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que la demande d'asile de l'intéressé a été définitivement rejetée sans qu'il ait exécuté ni même contesté la mise en demeure de quitter les lieux qui lui a été adressée ;
- l'expulsion présente un caractère d'urgence et d'utilité, dès lors que le maintien dans les lieux de l'intéressé fait obstacle au fonctionnement normal du service public alors que de nombreux demandeurs d'asile sont en attente d'une place d'hébergement.
La requête a été communiquée à M. A, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Christian, premier conseiller, pour statuer
sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Christian, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 à 15h00, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expulsion :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
2. A la suite de son arrivée en France pour y solliciter l'asile, l'hébergement de A, de nationalité iranienne, a été pris en charge au sein du HUDA ADOMA de Douai, qui a mis à sa disposition un appartement situé 642 boulevard Albert 1er à Douai (59500). Sa demande d'asile ayant été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 janvier 2022, l'intéressé a néanmoins été autorisé à se maintenir dans son logement jusqu'au 25 février 2022, puis a été mis en demeure, par courrier du 6 avril 2022, de quitter les lieux dans le délai de quinze jours. Par sa requête, le préfet du Nord demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A, qui n'a pas déféré à la mise en demeure du 6 avril 2022.
3. Aux termes de l'article L. 551-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 552-14 de ce code : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 552-15 de ce code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 552-15 du même code : " Pour l'application du premier alinéa de l'article L. 552-15, si une personne se maintient dans le lieu d'hébergement après la date mentionnée à l'article R. 552-12 ou, le cas échéant, après l'expiration du délai prévu à l'article R. 552-13, le préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ou le gestionnaire du lieu d'hébergement met en demeure cette personne de quitter les lieux dans les cas suivants : 1° La personne ne dispose pas d'un titre de séjour et n'a pas sollicité d'aide au retour volontaire ou a refusé l'offre d'aide au retour volontaire qui lui a été présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; 2° La personne bénéficie d'un titre de séjour en France et a refusé une ou plusieurs offres de logement ou d'hébergement qui lui ont été faites en vue de libérer le lieu d'hébergement occupé. Si la mise en demeure est infructueuse, le préfet ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut, après une décision de rejet définitive et dans les conditions prévues à l'article L. 552-15, saisir le président du tribunal administratif afin d'enjoindre à cet occupant de quitter les lieux. ".
4. Il résulte des dispositions qui précèdent que, saisi par l'administration d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que M. A se maintient dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée et qu'il n'est, dès lors, plus titulaire d'aucun titre ou droit régulier à bénéficier d'un hébergement à ce titre. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'intéressé a accusé réception, le 8 avril 2022, du document daté du 6 avril 2022 par lequel le préfet du Nord l'a, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis en demeure de quitter le logement qu'il occupe sans droit, ni titre. Par suite, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, le fonctionnement normal d'une structure d'hébergement pour demandeurs d'asile suppose que les capacités d'accueil soient maintenues pour garantir l'effectivité des droits reconnus en la matière aux étrangers dont la demande d'asile est en cours d'instruction. En l'espèce, la libération des lieux occupés par M. A présente un caractère d'utilité et d'urgence justifié par le préfet du Nord au regard des besoins d'accueil des demandeurs d'asile et du nombre de places disponibles au sein du dispositif d'hébergement d'urgence dans le département.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner à M. A de libérer le logement qu'il occupe au 642 boulevard Albert 1er à Douai (59500). L'autorité préfectorale est autorisée à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de la structure d'accueil, afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de l'occupant irrégulier, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. A de libérer le logement qu'il occupe au 642 boulevard Albert 1er à Douai (59500) et d'évacuer ses biens s'y trouvant.
Article 2 : Le préfet du Nord est autorisé à donner toutes instructions utiles afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour lui d'avoir emporté ses effets personnels.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B A.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.
Lille, le 16 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
P. CHRISTIAN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2406694
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