Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406707

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Berthe, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite du préfet du Nord refusant de renouveler son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil ou au requérant en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence est présumée remplie, eu égard à la nature de la décision attaquée ; en tout état de cause, elle ne peut plus exercer son activité professionnelle ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, dès lors qu'elle remplit toujours les conditions pour lui permettre de bénéficier d'une carte de résident de dix ans en qualité de réfugiée.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais des pièces qui ont été enregistrées et communiquées à la partie adverse.

Vu :

- la copie de la requête à fin d'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Christian, premier conseiller, pour statuer

sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 juillet 2024 à 15h15, à l'issue de laquelle il a été décidé de prolonger l'instruction jusqu'au 15 juillet 2024 à 12h00, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative :

- le rapport de M. Christian, juge des référés,

- les observations de Me Berthe, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; il est en outre indiqué que la requérante n'a jamais reçu de convocation pour le relevé de ses empreintes en préfecture,

- les observations de Me Kerrich, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête au motif que le préfet a clôturé son dossier en l'absence de réponse de la requérante aux convocations dont elle a fait l'objet.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par sa requête, Mme B, ressortissante congolaise, née le 26 mars 1966, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née le 22 juillet 2023 du silence gardé par le préfet du Nord sur sa demande de renouvellement de la carte de résident qui lui avait été délivrée le 18 juillet 2013 à la suite de la reconnaissance de sa qualité de réfugiée par la Cour nationale du droit d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de suspension :

En ce qui concerne l'urgence :

5. Eu égard aux conséquences du refus de renouvellement d'un titre de séjour sur la situation de l'intéressé, le juge des référés doit, sauf circonstance particulière, regarder la condition d'urgence comme remplie lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension d'une telle décision.

6. En l'espèce, aucune circonstance particulière de nature à faire échec à la présomption d'urgence ne résulte de l'instruction. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

7. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. ". Enfin, aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ".

8. Mme B soutient, sans être contestée, qu'elle remplit les conditions de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Par ailleurs, alors que les services préfectoraux ont indiqué à Mme B, par courriel du 14 mars 2024, que son dossier de demande de titre de séjour avait été " accepté ", aucune des pièces versées à l'instance ne permet d'établir qu'une décision d'irrecevabilité de sa demande aurait été prise par le préfet du Nord au motif que son dossier aurait été incomplet ou que sa demande aurait été abusive ou dilatoire, ce qui aurait fait obstacle à l'existence de la décision implicite de rejet dont la suspension est demandée. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction et des informations recueillies au cours de l'audience publique, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension d'une décision administrative étant réunies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 22 juillet 2023, par laquelle le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme B.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans cette attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de titre l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'issue de ce réexamen. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir ces deux injonctions d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat.".

12. Mme B étant admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil peut, par suite, se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Me Berthe, conseil de Mme B, sous réserve de la renonciation de l'avocat de la requérante à percevoir la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1 : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet du Nord sur la demande de titre de séjour de Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la situation

de Mme B et de lui délivrer un récépissé sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans les conditions exposées au point 10 de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 800 euros à Me Berthe en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous les réserves énoncées au point 12 de la présente ordonnance.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Berthe.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Nord.

Lille, le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. CHRISTIAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2406707