lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406819 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2024, M. B A, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale
3°) d'enjoindre au préfet du Nord d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, de lui délivrer l'attestation afférente et de lui remettre un dossier en vue de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation personnelle en le privant de la possibilité de voir sa demande d'asile examinée par les autorités françaises et du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le plaçant ainsi dans une situation de très grande précarité, et alors qu'il est susceptible de faire l'objet, à tout moment, d'un transfert vers la Bulgarie ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 9-2 du règlement (CE) n°1560/2003 tel que modifié par le règlement (UE) n°118/2014 du 30 janvier 2014, le préfet du Nord n'ayant pas régulièrement informé les autorités bulgares de la prolongation du délai de transfert ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n°604-2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors que le délai d'exécution de son transfert aux autorités bulgares est expiré depuis le 20 juin 2024 et qu'il ne peut être regardé comme étant en fuite dès le 19 juin 2024 alors qu'à cette même date, il se trouvait aux urgences du centre hospitalier universitaire de Saint-Philibert et que son transfert était prévu pour le lendemain.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er juillet 2024 sous le numéro 2406827 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 juillet 2024 à 11h00, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Rimetz, substituant Me Danset-Vergoten et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord, qui conclut aux mêmes fin que ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.M. A, ressortissant afghan né le 21 mars 2000, a sollicité le bénéfice de l'asile auprès des services de la préfecture du Nord le 31 août 2023. Toutefois, par un arrêté du 25 octobre 2023, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités bulgares. Par un jugement du 5 décembre 2023 notifié le 20 décembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille a rejeté la requête de M. A tendant à l'annulation de cet arrêté. Le 20 juin 2024, M. A a sollicité auprès du préfet du Nord, par le biais de son conseil, l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale. Par une décision du 21 juin 2024, cette demande a été rejetée, au motif que M. A devait être regardé en fuite à compter du 19 juin 2024 suite à son refus d'embarquement dans le cadre de la mise en œuvre de la décision de transfert aux autorités bulgares du 25 octobre 2023, de sorte que le délai de transfert vers la Bulgarie est prolongé jusqu'au 20 juin 2025. Par sa requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin de suspension :
4.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5.L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
6.En l'espèce, la mesure de transfert dont M. A fait l'objet est susceptible d'être exécutée à tout moment, avec un délai de quelques jours, le préfet du Nord ayant à cet effet informé les autorités bulgares que le délai de transfert était porté de six à dix-huit mois. Le requérant se trouve, en outre, dans une situation de grande précarité administrative et financière dès lors qu'il n'est plus en mesure de bénéficier des conditions matérielles d'accueil afférentes au statut de demandeur d'asile. Dans les circonstances de l'espèce, la condition d'urgence doit donc être considérée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
7.En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n°604-2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, M. A ne pouvant être regardé comme étant en fuite et le délai de transfert le concernant prolongé, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
8.Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale doit être suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9.La suspension de l'exécution de la décision attaquée prononcée par la présente ordonnance implique que le préfet du Nord réexamine la situation de M. A et sa demande d'enregistrement de demande d'asile en procédure normale. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
10.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Danset-Vergoten, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Nord a refusé d'enregistrer la demande d'asile de M. A en procédure normale est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de M. A et sa demande d'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Danset-Vergoten, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Danset-Vergoten, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 29 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
B. Chevaldonnet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026