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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2406870

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2406870

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2406870
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 16 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Marseille, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande présentée le 24 juillet 2023 tendant au renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une décision expresse, dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision litigieuse constitue un refus de renouvellement de titre de séjour ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la saisine par le préfet du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et d'avis de ce collège ;

- le préfet ne l'a pas informé de ce que le certificat médical établi par le médecin praticien hospitalier initialement saisi n'avait pas été transmis au service médical de l'OFII ; en outre, en dépit des courriers électroniques qui lui ont été adressés les 13 mars 2024 et 8 avril 2024, le préfet n'a pas répondu à sa demande tendant à la délivrance d'un nouveau dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et d'un certificat médical vierge lui permettant de faire établir un nouveau certificat médical relatif à son état de santé afin qu'il soit transmis au service médical de l'OFII ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il remplit les conditions lui permettant de bénéficier du renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

Le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, a produit des pièces qui ont été enregistrées le 12 juillet 2024 et communiquées.

Vu :

- la requête enregistrée le 2 juillet 2024 sous le numéro 2406870 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313 -23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 16 juillet 2024 à 11h00, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Marseille, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fin que sa requête par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Khan, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête ; elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, le requérant n'ayant pas adressé à l'administration en temps utile le dossier mentionné à l'article 1er de l'arrêté ministériel du 27 décembre 2016 qui lui a été dûment remis le 12 octobre 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 18 décembre 1985, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité d'étranger malade, valable du 22 février 2021 au 21 août 2023. Le 24 juillet 2023, l'intéressé a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est vu remettre, en dernier lieu, un récépissé de demande de titre de séjour, valable du 5 octobre 2023 au 4 avril 2024. Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande présentée le 24 juillet 2023 tendant au renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

4. En l'espèce, le refus opposé a trait à la demande de renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle détenue par M. A en sa qualité d'étranger malade. Par suite, en l'absence de toute circonstance de nature à faire échec à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la suite de la demande de communication formulée par le requérant le 5 février 2024, le préfet du Nord a communiqué à M. A les motifs de la décision implicite de rejet attaquée. Par suite, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A en sa qualité d'étranger malade doit être suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A et édicte, à son issue, une décision expresse. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans l'attente, de délivrer au requérant, dans un délai de sept jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que ledit réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 900 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A en sa qualité d'étranger malade est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de sept jours courant à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

B. Chevaldonnet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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