vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406875 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 18 juillet 2024, Mme C B, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ou le renouvellement sollicité du titre de séjour mention " vie privée et familiale ".
Elle soutient que :
-la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle était titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " arrivé à expiration le 31 mai 2024 dont la demande de renouvellement n'a pas conduit à la délivrance d'un récépissé ;
-la condition d'urgence est remplie, dès lors que cette situation la place dans une extrême précarité administrative et financière préjudiciable à sa scolarité ;
- en l'absence de convocation pour se voir délivrer le titre, la mesure sollicitée conserve son utilité.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas
d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référés régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
2. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des
étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.
3. Enfin, eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur
son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. En l'espèce, il n'est pas contesté, le préfet n'ayant pas produit à l'instance, que Mme B, titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " arrivé à expiration le 31 mai 2024, selon ses allégations, a adressé par voie postale aux services préfectoraux une demande de renouvellement de son titre de séjour réceptionnée le 15 avril 2024. En dépit, d'avoir à de nombreuses reprises, soit à titre personnel ou par son conseil associatif la Cimade, sollicité la délivrance d'un titre de séjour ou d'un récépissé, la préfecture du Nord n'a pas donné suite à ses demandes. Toutefois, en application des dispositions citées au point 2, à la date de la présente ordonnance, sa demande de renouvellement de titre de séjour n'a pas fait l'objet d'une décision implicite de rejet, le délai de quatre mois, prévu par ces dispositions n'ayant pas encore expiré. Dans ces circonstances, Mme B ne peut être regardée comme démontrant l'utilité de la mesure qu'elle sollicite en urgence du juge des référés et sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour doit être rejetée.
5. En revanche, Mme B, qui n'est plus à présent en mesure de justifier de la régularité de sa présence sur le territoire français, se retrouve dans une situation d'extrême précarité puisqu'elle ne dispose plus de la bourse du CROUS, de l'aide personnalisée au logement et se retrouve dans l'impossibilité de travailler et de s'inscrire à l'université. Il est ainsi établi l'existence d'une situation d'urgence justifiant le prononcé de l'injonction au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé. Cette mesure présente, en outre, un caractère utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
6. Il résulte ainsi de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Nord de fixer à Mme B un rendez-vous en vue de la délivrance du récépissé sollicité, dans un délai de sept jours, à compter de la notification de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Nord de délivrer à Mme B une convocation en vue de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Nord.
Fait à Lille, le 19 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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