mardi 30 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406912 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, M. B, représenté par Me Danset-Vergoten, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 13 octobre 2023 en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord, de lui délivrer un document provisoire de séjour comportant une autorisation de travail et ce, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision litigieuse constitue un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision litigieuse porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle dès lors qu'en l'absence de documents justifiant de la régularité de son séjour, il n'est plus en mesure de travailler et une procédure d'expulsion a été intentée à son encontre en raison de loyers impayés ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il bénéficie de la protection subsidiaire et remplit les conditions pour bénéficier du titre sollicité ;
- elle méconnait les dispositions des articles R. 431-5, R. 431-12, R. 431-15-1 et R. 431-15-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il n'a pas été muni d'une nouvelle attestation de prolongation d'instruction de sa demande suite à l'expiration de la précédente, le 12 avril 2024 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation.
Le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, a produit des pièces qui ont été enregistrées le 16 juillet 2024 et communiquées.
Vu :
- la requête enregistrée le 2 juillet 2024 sous le numéro 2406964 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 juillet 2024 à 8h45, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Rimetz, substituant Me Danset-Vergoten et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord, qui conclut au rejet de la requête ; il soutient que la requête est dirigée contre une décision de refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour en raison du caractère incomplet du dossier et non contre un refus de délivrer un nouveau titre de séjour et n'est donc par suite pas recevable, que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le requérant s'est vu délivrer une nouvelle attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au mois de janvier 2025 et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la seule décision contestée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.M. A, ressortissant afghan né le 1er janvier 1965, s'est vu reconnaitre le bénéfice de la protection subsidiaire et délivrer à ce titre une carte de séjour pluriannuelle, valable du 6 février 2020 au 5 février 2024. Le 13 octobre 2023, l'intéressé en a sollicité le renouvellement et s'est vu remettre, en dernier lieu, une attestation de prolongation d'instruction d'une demande de titre de séjour valable du 13 octobre 2023 au 12 avril 2024. Le titre de séjour du requérant n'ayant pas été renouvelé à cette date, il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande présentée le 13 octobre 2023.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir :
4.Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Il résulte des dispositions précitées que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.
5.Il résulte de l'instruction que la demande de M. A tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire a été réceptionnée par les services de la préfecture du Nord le 13 octobre 2023. Le préfet fait valoir que la décision implicite de refus qu'il a opposé à cette demande constitue non pas un refus de titre de séjour mais un refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier. Si les services de la préfecture ont sollicité la production de pièces complémentaires le 15 juillet 2024, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les compléments ainsi exigés, dont la nature n'a pas été précisée lors de l'audience, seraient un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, dont l'absence rendrait impossible l'instruction de la demande de M. A. Par suite, le dossier déposé par celui-ci ne peut être regardé comme incomplet et le silence gardé par le préfet du Nord au terme du délai de quatre mois à compter du 13 octobre 2023 a eu pour effet de faire naître une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour du requérant. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord et tirée de ce que les conclusions à fin de suspension de la requête sont dirigées contre une décision qui ne fait pas grief doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
6.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
7.L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
8.En l'espèce, le refus opposé l'a été à une demande portant sur le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle détenue par M. A en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire. La circonstance que, postérieurement à l'introduction de la requête, une attestation de prolongation d'instruction valable du 15 juillet 2024 au 14 janvier 2025 a été remise au requérant n'est pas de nature à faire échec, à elle seule, à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
9. Il ne résulte pas de l'instruction que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait, en application de l'article L. 512-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mis fin à la protection subsidiaire dont bénéficie M. A ni que le dossier de demande présenté n'était pas complet ainsi qu'il a été dit au point 5 de la présente ordonnance. Par suite, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10.La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A et édicte une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte ni d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer au requérant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, une telle autorisation lui ayant été délivrée dans le courant de l'instance.
Sur les frais liés au litige :
11.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Danset-Vergoten, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Danset-Vergoten de la somme de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Danset-Vergoten renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Danset-Vergoten avocate de M. A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Danset-Vergoten, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 30 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
B. Chevaldonnet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026