vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2406975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative, la liquidation de l'astreinte prononcée par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024 pour la période comprise entre le 16 juin 2024 et la date de la présente ordonnance, augmentée de 100 euros pour chaque jour de retard supplémentaire jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de modifier, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, l'injonction de réexamen de sa situation prescrite par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024, en fixant une nouvelle astreinte d'un montant de 500 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de modifier, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, l'injonction de réexamen de sa situation prescrite par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024 afin d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans l'attente qu'il soit procédé au réexamen de sa demande et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à Me Dewaele, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'ordonnance n° 2403261 du 7 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille, prescrivant au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, n'a pas été exécutée ;
- cette inexécution constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations en défense.
M. A a demandé l'aide juridictionnelle le 3 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024.
Vu :
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Féménia pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 juillet 2024 à 10h30, en présence de Mme Mérad, greffière, Mme Féménia, juge des référés :
- a lu son rapport ;
- entendu les observations de Me Lescene substituant Me Dewaele, qui reprend les
conclusions et moyens de la requête ;
- et constaté l'absence du préfet du Nord ou de son représentant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen, né le 28 décembre 2000 à Conakry (Guinnée), déclare
être entré en France le 23 janvier 2017 en qualité de mineur isolé et avoir été muni d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 27 octobre 2020 au 26 octobre 2022, puis d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " valable du 23 mars 2023 au 31 août 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 30 juin 2023. Il a alors été muni d'un récépissé de cette demande, valable du 22 août 2023 au 1er décembre 2023 dont il a demandé le renouvellement le 27 octobre 2023, en vain. Le 12 février 2024, son conseil a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour née du silence gardé par l'administration sur la demande présentée le 30 juin 2023. Par une ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024 le juge des référés du tribunal administratif de Lille a suspendu la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé le renouvèlement de son titre de séjour, et a enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa demande et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des articles L. 521-4 et L. 911-7 du code de justice administrative, d'une part de modifier les injonctions prononcées par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024, d'autre part d'ordonner la liquidation de l'astreinte pour la période comprise entre le 16 juin 2024 et la date de la présente ordonnance, augmentée de 100 euros pour chaque jour de retard supplémentaire jusqu'à la date de l'ordonnance à intervenir.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est
provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de son article L. 911-7 : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ".
3. L'astreinte a pour finalité de contraindre la personne qui s'y refuse à exécuter les
obligations qui lui ont été assignées par une décision de justice. Sa liquidation a pour objet de tirer les conséquences du refus ou du retard mis à exécuter ces obligations. Il appartient au juge qui a assorti d'une astreinte l'injonction faite à l'une des parties, de statuer sur les conclusions tendant à ce que cette astreinte soit liquidée. Il peut alors procéder à cette liquidation s'il constate que les mesures qu'il avait prescrites n'ont pas été exécutées ou l'ont été tardivement. Il peut la modérer ou la supprimer compte tenu notamment des diligences accomplies par les parties en vue de procéder à l'exécution de la chose ordonnée, sans toutefois pouvoir remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée. Toutefois, si l'administration justifie avoir adopté, en lieu et place des mesures provisoires ordonnées par le juge des référés, des mesures au moins équivalentes à celles qu'il lui a été enjoint de prendre, le juge de l'exécution peut, compte tenu des diligences ainsi accomplies, constater que l'ordonnance du juge des référés a été exécutée ;
4. Il n'est pas contesté que M. A n'a toujours pas été destinataire d'une décision
expresse du préfet du Nord se prononçant sur son droit à la délivrance d'un titre de séjour, en dépit, de l'injonction faite au préfet du Nord d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024. Cette dernière a été rendue le 7 mai 2024 et a été notifiée le 16 mai suivant au préfet du Nord par le biais de Télérecours, de sorte que le délai d'un mois laissé à la préfecture pour procéder au réexamen a été échu dès le 16 juin 2024. Il y a lieu, dès lors, de mettre à la charge du préfet du Nord, au bénéfice de M. A, la somme 3 300 euros, correspondant à la liquidation de l'astreinte fixée par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024, sans qu'il y ait lieu d'augmenter la liquidation de cette astreinte de 100 euros pour chaque jour de retard supplémentaire pour la période comprise entre le 3 juillet 2024, date d'enregistrement de la requête et la date de la présente ordonnance.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.521-4 du code de justice administrative :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une
décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".
6. La décision ordonnée par le juge administratif des référés, sur le fondement de l'article
L. 521-1 du code de justice administrative, revêt, conformément au principe rappelé à l'article L.11 du code de justice administrative, un caractère exécutoire et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoire. Si l'exécution d'une ordonnance demeurée sans effet peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du code de justice administrative, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter les mesures ordonnées par le juge des référés par toute mesure destinée à assurer cette exécution.
7. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas été destinataire d'une décision expresse du
préfet du Nord se prononçant sur son droit au renouvellement de son titre de séjour, en dépit de l'injonction faite à cette autorité d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Nord n'a pas procédé à l'exécution de cette ordonnance. Cette circonstance est constitutive d'un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'assortir l'injonction de réexamen de la
demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A d'une astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance et de faire injonction au préfet du Nord de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Sur les frais du litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dewaele, avocate
de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Dewaele au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'injonction de réexamen prescrite par l'ordonnance n° 2403261 du 7 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille est assortie d'une astreinte de 300 euros par jour de retard prononcée à l'encontre du préfet du Nord, à compter de la notification de la présente ordonnance jusqu'à la date à laquelle la mesure de réexamen aura reçu exécution.
Article 2 : L'injonction prescrite par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Lille est assortie d'une nouvelle injonction au préfet du Nord de délivrer à M. A un récépissé l'autorisant à travailler, dans l'attente qu'il soit procédé au réexamen et ce, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la présente ordonnance et jusqu'à la date à laquelle la mesure de délivrance d'un récépissé l'autorisant à travailler aura reçu exécution.
Article 3 : Le préfet du Nord portera à la connaissance du tribunal administratif de Lille les mesures prises pour assurer l'exécution de l'ordonnance visée aux articles 1 et 2.
Article 4 : L'État est condamné à verser à M. A une somme de 3 300 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte fixée par l'ordonnance n°2403261 du 7 mai 2024, pour la période allant du 16 juin 2024 au 19 juillet 2024.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Dewaele, avocate de M. A, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à M. A.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dewaele et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Une copie sera adressée pour information au préfet du Nord et, par application de l'article R. 921-7 du code de justice administrative, au ministère public près la Cour des comptes.
Fait à Lille, le 19 juillet 2024.
La juge des référés,
signé
J. FEMENIA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026