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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2407011

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2407011

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2407011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté ses demandes de titre de séjour présentées le 15 janvier 2024 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une décision expresse à son issue à compter de l'expiration d'un délai de deux mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, dans un délai de 72 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision litigieuse constitue à la fois un refus de renouvellement de titre de séjour et un refus de délivrance de titre de séjour ; en outre, la décision litigieuse porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts dès lors qu'elle affecte sa situation professionnelle et qu'il est susceptible de faire l'objet de mesures d'éloignement ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été édictée par une autorité incompétente ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier du titre de séjour sollicité et qu'aucune demande de pièce complémentaire ne lui a été adressée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors qu'il dispose de liens personnels et familiaux en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- la requête enregistrée le 4 juillet 2024 sous le numéro 2407001 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 juillet 2024 à 8h45, M. Chevaldonnet a :

- lu son rapport ;

- entendu les observations de Me Lescène, substituant Me Dewaele et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- et constaté l'absence du préfet du Nord ou de son représentant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 15 mars 2003, a été muni d'un titre de séjour en qualité de travailleur temporaire, régulièrement renouvelé jusqu'au 22 mars 2024. Le 15 janvier 2024, il a sollicité, à titre principal, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, la délivrance d'un titre de séjour " salarié " et, à titre infiniment subsidiaire, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de " travailleur temporaire ". Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande présentée le 15 janvier 2024 tendant à la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. D'une part, le refus opposé l'a été à une demande portant sur la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " dont M. A est titulaire. En l'absence de circonstances particulières de nature à faire obstacle à la présomption d'urgence citée au point précédent, le préfet du Nord n'ayant produit aucune observation écrite ou orale dans le cadre de la présente instance, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie. D'autre part, si la décision attaquée a aussi pour effet de refuser à M. A le bénéfice d'une première carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié ", le requérant, en se bornant à faire état de manière sommaire de l'irrégularité de sa situation en raison de l'inertie de la préfecture et des difficultés professionnelles qui pourraient en résulter, ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai de la suspension de l'exécution des deux refus de titre de séjour précités.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la suite de la demande de communication formulée par le requérant le 16 mai 2024, le préfet du Nord a communiqué à M. A les motifs de la décision attaquée en tant qu'elle lui refuse la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". Par suite, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée en tant qu'elle refuse la délivrance à M. A d'un nouveau titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'exécution de la décision contestée doit être suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, en tant qu'elle refuse la délivrance à M. A d'un nouveau titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ", sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens dirigés contre celle-ci. Il y a par contre lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension dirigées contre la décision en tant qu'elle refuse la délivrance au requérant d'une première carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou la mention " salarié ", la condition d'urgence n'étant pas remplie en ce qui concerne ces deux refus.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A quant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et édicte une décision expresse à son issue. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de délivrer au requérant, dans un délai de sept jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Nord a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ce réexamen ait été effectué.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Lille, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

B. Chevaldonnet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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