mercredi 31 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2407013 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " salarié " présentée le 12 janvier 2024 ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une décision expresse à son issue et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire de séjour comportant une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que la décision litigieuse constitue un refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre, la décision litigieuse porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts dès lors qu'elle affecte sa situation professionnelle et qu'il est sans ressources depuis quatre mois ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été édictée par une autorité incompétente ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'un contrat à durée indéterminée en qualité de boulanger au sein de la société Paul depuis le 4 février 2022 et d'une autorisation de travail ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocat, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête n'est pas recevable en tant qu'elle est dirigée contre une décision portant refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour incomplète, une demande de pièces ayant été effectuée ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête enregistrée le 4 juillet 2024 sous le numéro 2407005 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Chevaldonnet, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 17 juillet 2024 à 8h45, M. Chevaldonnet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Lescene, substituant Me Dewaele et représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ; il soutient en outre que la demande de pièces complémentaires effectuée par le préfet postérieurement à l'expiration du délai de quatre mois prévu par les dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans effet sur la nature de la décision contestée et que le dossier présenté était complet pour l'application des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'annexe 10 du même code ;
- les observations de Me Dussault, représentant le préfet du Nord, qui conclut aux mêmes fin que ses écritures ; il précise en outre qu'un nouveau récépissé a été délivré au requérant le 12 juillet 2024 et que la demande de titre de séjour est en cours d'instruction, des pièces complémentaires ayant dû être sollicitées sans que la circonstance que ces demandes aient été faites postérieurement à l'expiration du délai de de quatre mois prévu par l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ait d'incidence.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête susvisée, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement rejeté sa demande présentée le 12 janvier 2024 tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié ".
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. A à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir :
4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Il résulte des dispositions précitées que le silence gardé pendant quatre mois sur une demande de délivrance de titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet.
5. Il résulte de l'instruction que la demande de M. A tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " salarié " a été réceptionnée par les services de la préfecture du Nord le 12 janvier 2024. Le préfet fait valoir que la décision implicite de refus qu'il a opposé à cette demande constitue non pas un refus de titre de séjour mais un refus d'enregistrer une demande de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier. Si les services de la préfecture ont sollicité, par courriel, la production d'un justificatif de domicile le 22 mai 2024 et que cette demande a été réitérée le 5 juin 2024, il résulte toutefois de l'instruction que la demande présentée par M. A comportait déjà des quittances de loyer, sans qu'il n'apparaisse que l'instruction de la demande du requérant n'était pas possible au regard de tels documents qui sont au nombre de ceux dont la production est autorisée par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le dossier déposé par M. A ne peut être regardé comme incomplet et le silence gardé par le préfet du Nord au terme du délai de quatre mois courant à compter du 12 janvier 2024 a eu pour effet de faire naître une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour du requérant. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Nord et tirée de ce que les conclusions à fin de suspension de la requête sont dirigées contre une décision qui ne fait pas grief doit être écartée.
Sur les conclusions à fin de suspension :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
8. En l'espèce, le refus opposé a trait à la demande de renouvellement de la carte de séjour portant la mention " salarié " détenue par M. A. Par suite, en l'absence de toute circonstance de nature à faire échec à la présomption d'urgence mentionnée au point précédent, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
9. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la suite de la demande de communication formulée par le requérant le 16 mai 2024, le préfet du Nord a communiqué à M. A les motifs de la décision implicite de rejet attaquée. Par suite, et en l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. A doit être suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. La suspension prononcée par la présente ordonnance implique nécessairement que le préfet du Nord procède au réexamen de la demande de M. A et édicte, à son issue, une décision expresse. Il y a par suite lieu d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il n'y a pas non plus lieu d'enjoindre au préfet du Nord de délivrer une autorisation provisoire de séjour autorisant le requérant à travailler, une telle autorisation lui ayant été délivrée dans le courant de l'instance.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Dewaele, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Nord a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. A est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Nord de procéder au réexamen de la demande de M. A et d'édicter une décision expresse à son issue, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dewaele renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Dewaele, avocate de M. A, une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sera versée à M. A.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Dewaele, au préfet du Nord et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Lille, le 31 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
B. Chevaldonnet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
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